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Reconversion: ces anciens cadres et fonctionnaires racontent leur histoire

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A quoi suis-je utile? Mon travail est-il utile? Quel travail me comblerait? Si ces questions tourmentaient déjà une grande partie des cadres avant la crise Covid-19, l’accalmie introspective de trois mois que nous avons vécue pourrait renforcer cette recherche de sens chez les cadres et dirigeants, si l’on en croit une récente. étude commandée par Monster.fr, un site d’emploi en ligne et réalisée par Yougov: 55% des Français ont en effet réfléchi au sens de leur travail depuis le début de la pandémie, un chiffre qui monte à 61% sous 18-24 ans . C’est pour se sentir «  utile  », «  libre  », «  épanoui  » que nos témoins, cadres et fonctionnaires au cap clair ont choisi d’emprunter un chemin différent, certes plus tortueux et bosselé, mais tellement satisfaisant pour entendre. . Ils sont tous cohérents avec ce que Claire Delepau, coach et auteur du livre Entreprise importante (PayotPsy) l’appelle « la boussole éthique ». Et c’est stimulant! Rencontré.

Clément Brossault, de la banque à la fromagerie

«L’idée de commencer par le lait pour atteindre une province ou des epoisses m’étonne toujours. Sept ans après sa conversion, Clément Brossault continue de s’émerveiller devant le fromage, ce «produit magique si représentatif de la France». De ses 20 à 25 ans, le contrôleur de gestion a travaillé à la City de Londres puis à La Défense, dans la région. Paris, pour la Société Générale C’est le plan de licenciement après l’affaire Kerviel qui a décidé de changer sa vie. Sa conversion a pris un an, dont deux mois à vélo, son autre passion, un voyage fromager à travers la France, à la rencontre des producteurs. En 2013, Clément Brossault ouvre la Fromagerie Goncourt, dans le 11e arrondissement de Paris.

Il ne manque pas la vie d’un employé d’une grande entreprise. «En tant qu’artisan, nous ne suivons pas le mouvement qu’une entreprise nous donne, c’est nous qui l’avons mis en mouvement», explique Clément Brossault. Pour lui, il s’agit de mettre en avant «une belle chaîne de production» respectueuse de la nature, des traditions et des animaux. Le recyclage l’a également éloigné d’un «mouvement perpétuel» quotidien. « Cela m’a permis de m’ancrer », résume l’expert.

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Emeric Garcia, du poker pro au coaching zéro déchet

Lis le livre Presque pas de famille de déchets par Jérémie Pichon et Bénédicte Moret, Emeric Garcia s’est engagé en 2018 dans une double transition, à la fois familiale et professionnelle. «Malgré ma sensibilité aux enjeux environnementaux, je ne savais pas que nous pouvions faire autant pour réduire l’impact sur l’environnement», explique Le Manceau. Compost, achats en gros, produits ménagers faits maison, le mode de vie de sa famille prend un «virage à 180 °».

Pour laisser les autres prendre les devants, Emeric Garcia décide de devenir coach zéro déchet. Ses clients font appel à lui pour traquer les déchets et les produits toxiques. «Je cherchais un sens à ma vie professionnelle et je me suis tout de suite senti très bien d’avoir un travail qui me fascine et qui correspond à mes convictions», se réjouit Emeric. Avant de partir seul, il était joueur de poker professionnel, entraîneur de basket-ball et formateur informatique. C’est «le désir de transmettre des connaissances» qu’il croit être le lien entre toutes ses vies.

Laureen Schein, opticienne pour curl pro

Dans le même temps, Laureen Schein, responsable e-commerce, influenceuse, blogueuse et community manager, a en quelque sorte créé son propre métier d’expert en cheveux bouclés. La jeune femme de 25 ans a suivi une formation d’opticien et travaille pour la marque de lunettes Polette lorsqu’elle a lancé un blog en 2017 pour «réconcilier les femmes avec leurs cheveux naturellement bouclés». Techniques de coiffage, meilleurs produits, alternatives naturelles aux produits chimiques, elle partage ses conseils et crée une communauté de dizaines de milliers de personnes sur les réseaux sociaux.

Deux ans plus tard, Laureen Schein a fait de son blog une boutique en ligne grâce à cette communauté. Elle travaille désormais avec une dizaine de fournisseurs externes, prépare sa propre gamme de produits capillaires et envisage d’ouvrir un magasin physique à Lyon. Malgré les longues heures et la solitude qui accompagnent parfois une aventure entrepreneuriale, Laureen Schein n’a aucun regret: «J’ai l’impression que je ne travaille pas, tout est fait grâce à la passion. « Une reconversion réussie qu’elle résume en un mot » liberté, pouvoir organiser mes journées et travailler avec des marques qui partagent la même éthique que moi « .

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Mélanie Merenda, de la finance au jus

Ce fut une crise de sens qui la choqua. Très tôt. D’abord chez Lehman Brothers à Londres, puis au fonds d’investissement à Paris, où elle a travaillé dans la finance de marché: «Mon travail manquait d’altruisme, dit Mélanie. À 30 ans, je souffrais de fatigue chronique, dont je prenais soin moi-même grâce à la naturopathie. Excitée par les vertus et l’approche holistique de cette pratique qu’elle découvre, elle décide de créer une gamme de produits pour prendre soin d’elle-même à travers l’alimentation.

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En 2015, elle a suivi une formation de chef cuisinier en Californie et a suivi un traitement de désintoxication à base d’aliments crus et de jus de fruits. Ce mouvement de jus lui a donné l’idée de son entreprise. «Faire des jus de fruits faits maison devient vite un travail exigeant, alors qu’en Californie, on en trouve partout, à tous les prix et pour tous les goûts. De retour à Paris, elle a passé six mois à la recherche d’un producteur qui pourrait faire son jus et a fondé sa société: PAF en 2016. Pas facile sans une contribution substantielle ou un prêt bancaire. «J’ai fait ma première campagne de financement (500 000 euros) à la dernière minute, car je fermais dans les 15 jours. Depuis, Mélanie a levé deux autres fonds et chaque année sa marque double ses ventes.

Henri Bost, de la reprise d’activité à la maintenance automobile

Après dix ans de redressement d’entreprises en difficulté, cet ancien directeur des investissements a quitté ses fonctions en 2017 après des désaccords avec les partenaires du fonds d’investissement pour lequel il travaille. Rien à voir avec la fatigue: «Ce n’était pas facile, j’aimais mon travail, je me sentais utile de travailler pour sauver des entreprises et des emplois. Mais ce hors-jeu lui a fait comprendre qu’il avait besoin d’un changement. Alors Henri s’est tourné vers sa passion: la voiture. «J’ai réalisé qu’il y avait un ralentissement de la transformation numérique de ce secteur. Lorsqu’un automobiliste rencontre un problème, il ne sait pas à qui s’adresser, sans compter qu’il existe une certaine méfiance à l’égard des mécaniciens.

J’ai rapidement compris l’importance d’une solution numérique pour réduire le budget d’entretien d’un véhicule et gagner du temps. Lorsqu’il a commencé à étudier le marché automobile américain et asiatique, il a également remarqué que les Français se souciaient à peine de l’entretien esthétique de leur véhicule. ValueMyCar, la plateforme qu’il a créée en mars 2020, met en relation les automobilistes et les professionnels de l’automobile, qu’il s’agisse de maintenance mécanique ou esthétique de leur véhicule, à travers un algorithme proposé aux prestataires de services clients de la zone.

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L’unique actionnaire, Henri, dispose déjà d’une équipe de six personnes, toutes passionnées comme lui. Avant fin 2020, il ouvrira un premier centre automobile dans les Yvelines (au moyen d’un prêt bancaire), où le conducteur pourra louer un box et réaliser lui-même l’intervention, accompagné de tutoriels vidéo. Tout roule pour Henri!

Chrystel Dospital et Marie-Laure Hautin, des télécoms à l’alimentation saine

«Dix-huit ans dans le même métier, c’était trop! J’ai toujours su que je créerais un jour ma propre entreprise », a déclaré Chrystel, ancien directeur du développement chez SFR. Lorsque le téléopérateur a été racheté par Numericable il y a trois ans, elle et sa collègue Marie-Laure, ancienne formatrice, ont profité d’un plan de départ volontaire pour se lancer ensemble dans l’aventure entrepreneuriale. Ces deux bordelaises partagent une passion pour le sport et une alimentation saine. A cette époque, de grandes structures (Deezer, BetClic, Ubisoft, Back Market, etc.) s’installent à Bordeaux, en utilisant la ligne TGV, qui relie la ville à Paris en deux heures. Le voici, leur clientèle!

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Ils envisagent alors un restaurant santé à emporter dans ces nouveaux quartiers d’affaires. Sans jamais avoir d’entreprise ni de légitimité en cuisine, ils se sont tournés vers une franchise. La marque Dubble répond à tous leurs critères. «C’est rassurant d’avoir une structure qui nous soutient, tout en gardant une certaine liberté dans nos actions», souligne Chrystel. Ouvert depuis 2018, leur restaurant, qui opère 80% de l’activité en plats à emporter, est soumis aux horaires d’ouverture des clubs: du lundi au vendredi, entre 7h30 et 15h00. «Ce rythme imposé nous donne une certaine qualité de vie», explique Marie-Laure. J’aime ma famille plus que mon ancien travail. Cette année, leur chiffre d’affaires a augmenté de 40% et ils ouvriront un nouveau restaurant Dubble en septembre, ce qui augmentera le nombre d’employés de un à quatre.

Christel Chipon, d’enseignante à éleveuse d’alpaga

Le jeune Christel Chipon rêvait d’une ferme équestre. «Mais à 8 ans, il est difficile de faire ce que l’on veut. »Découragée par sa famille, elle choisit de devenir professeur. Après vingt-cinq ans d’enseignement de l’histoire et de la géographie, elle a finalement décidé de franchir le pas. Au lieu d’équidés, elle élève des alpagas. Après une formation par correspondance, elle s’installe en Mayenne et goûte la liberté que lui donne son nouveau statut. «En tant qu’enseignant, nous avons des horaires, des limites, nous devons être responsables. Aujourd’hui, je suis mon propre maître! « 

Elle organise ses journées à sa guise, entre nourrir les animaux, réparer des enclos ou même travailler la laine. Alors sur le plan financier c’est bien sûr encore difficile: «Pendant trois ou quatre ans mes revenus ont dépassé mes dépenses. Je n’ai pas été en vacances depuis que j’ai déménagé là-bas, mais j’ai un style de vie très frugal. « 

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Et la frontière entre vie privée et carrière professionnelle est effacée: «C’est 24 heures sur 24 avec les animaux. Nous ne disons pas que nous fermerons à 20 heures! J’ai un alpaga sur le point d’accoucher, tous les matins, je vais la voir à 5 heures du matin pour m’assurer que tout va bien. Mais ce métier passionné la motive à se lever tous les jours. Et aujourd’hui, après neuf ans dans l’entreprise, elle ne voudrait pas échanger ses alpagas contre de la craie et un tableau noir pour le monde.

Virginie Aubrion, responsable de la diversification externe de la cave

«J’aime beaucoup travailler à l’extérieur, tailler, maîtriser toutes les étapes de la vinification et m’occuper de la cave. C’est magique de voir évoluer le produit. Virginie Aubrion, 62 ans, est propriétaire du domaine du Château de Piote. Virginie était responsable de la diversification externe dans une entreprise de chocolat jusqu’à l’âge de 39 ans et adorait son métier. Pour son mari gravement malade, elle décide de tout quitter pour obtenir un BEP en viticulture et œnologie et créer sa propre ferme dans la région bordelaise. Ce changement n’est pas venu sans sacrifice. «La vie d’employée était beaucoup plus confortable: nous avons plus de temps libre», dit-elle.

Côté revenus, Virginie Aubrion n’a pas gagné à l’échange: «Après vingt ans, j’ai à peine réussi à atteindre le seuil de rentabilité. Mais nous n’avons plus les mêmes besoins. Ses recettes sont également très soumises aux aléas de la météo et après une année 2017 difficile, l’opérateur a élargi son activité en ouvrant un espace d’accueil. Seule la diversité de ses activités la fascine: production, présentation, marketing… «C’est fascinant de créer quelque chose de A à Z», dit-elle. Et surtout, sa plus grande réussite est de voir ses enfants prendre le relais avec bonheur.

Pauline Amisse, de travailleur social à équithérapeute

«Je n’étais plus dans mon ancien métier. En raison du manque de ressources, je n’ai pas pu agir comme je le souhaitais. «Six ans d’assistante sociale à l’éducation gouvernementale, Pauline Amisse a maintenant de nouveaux collègues aux grandes narines. Ce trentenaire passionné de cavalerie a découvert la thérapie équine en 2013 tout en recherchant une activité annexe pour juillet et août. Forte d’une formation de deux ans, principalement le week-end, Pauline a immédiatement démarré son entreprise indépendante. Il aide, chez le cheval, à résoudre des problèmes physiques et psychologiques: manque de confiance en soi, dépression, autisme …

«Quand j’ai vu que mon activité d’équithérapeute allait de mieux en mieux, j’ai décidé de m’y consacrer à plein temps», dit-elle. Aujourd’hui, entre les séances et les démarches administratives, elle estime travailler une trentaine d’heures par semaine. Même si elle sort de ses séances épuisée, Pauline estime qu’elle a forcément gagné en qualité de vie. Elle n’a d’ailleurs rien perdu financièrement: elle reçoit même en moyenne 500 euros de plus par mois! Le plus dur pour elle: trouver une place dans les différents centres équestres d’Ile-de-France où elle réserve des chevaux. Après cinq ans de pratique, elle préfère toujours travailler avec le cheval. «Il est vivant, il est neutre, avec tout ce qu’il peut apporter par son instinct naturel. « 

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Denis Duperthuy, de docteur en philosophie à bambou

Fatigué d’enseigner et de partir en vacances, ce docteur en philosophie de 39 ans a franchi le pas il y a quatre ans en ouvrant une bambouseraie au pied du Mont Blanc. Le clic? Visite d’Anduze. «J’ai acheté mes premiers bambous, j’en ai acheté plus tard, j’ai commencé à avoir une petite collection … C’était d’abord une passion, qui s’est finalement imposée: je devais en faire mon métier. Il a fait un stage pour apprendre les techniques de base, fait des recherches sur les terres agricoles, défend son projet devant les banques et le conseil municipal, non sans problèmes, et ouvre en un an les Jardins de Lornay.

Sa vie quotidienne? Rempoter les herbes, tondre, désherber, planter, arroser … Et accueillir les visiteurs. «J’ai perdu du pouvoir d’achat, mais j’ai gagné en autonomie, en indépendance et en qualité de vie: je vis au grand air! Le mauvais côté est la solitude: je suis le seul employé, je n’ai pas de collègues. Mais je ne désespère jamais d’embaucher quelqu’un! Sa famille et ses amis le trouvent plus heureux, plus épanoui. «J’ai toujours aimé le jardinage depuis que je suis petite. Je voulais même travailler dans les bois. Comme quoi, parfois le fond de ses premières envies revient toujours… »sourit-il.

Hugues Devries senior manager dans l’industrie maraîchère

En quête de sens et de déclin, Hugues Devries, 52 ans, ingénieur de formation, a démissionné il y a trois ans de son poste de dirigeant dans l’industrie. «Il est devenu de plus en plus difficile de motiver mes équipes sur des valeurs auxquelles je ne croyais plus, comme la croissance permanente. Son envie: se reconnecter à la nature, il a commencé par la permaculture, s’est formé auprès d’organismes reconnus (dont la Ferme du Bec Hellouin) et a décidé de s’implanter près du château de Menthon, où il a implanté son potager et son verger.

Elle produit des fruits, des légumes et des plantes médicinales, organise des visites pour tous les âges et des séminaires d’entreprise pour «reconnecter les gens au monde vivant et aider à repenser le modèle économique». Si ses revenus ont fondu, il ne regrettera rien, bien au contraire. «La recherche du bonheur ne se fait pas par l’argent. J’ai gagné en liberté, je me sens en alignement, en harmonie avec moi-même. Je devais apporter une contribution positive à la planète, à la société. Je n’ai plus à me forcer à porter un message auquel je ne souscris pas. « 

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Mélanie Espinoza, d’ingénieur en chef de production pour un label de musique

«J’étais dans un domaine où j’ai réussi. Je n’ai pas fleuri, mais je l’ai fait. A proprement parler, il n’y a pas eu de déclic mais plutôt un long voyage qui m’a permis de comprendre ce malaise: j’avais une mauvaise connaissance de moi-même, de mes désirs profonds, de mes croyances. « Elle s’est épuisée il y a cinq ans, il lui faut un an pour se remettre sur pied et comprend que » la réussite professionnelle ne dépend pas uniquement d’un diplôme « .

Elle décide d’utiliser ses qualités techniques (méthodologie, fiabilité et organisation) au profit des structures culturelles en tant que responsable de production et suit trois formations courtes à l’IRMA (Institut régional de musique contemporaine). Son statut (intermittent) est devenu incertain, son salaire a baissé. «Mais je suis libre de gérer mon temps, de choisir les personnes avec lesquelles je travaille, d’aider à présenter des artistes qui ont quelque chose à dire, et j’ai beaucoup plus de temps à passer avec mes enfants et mon mari. J’ai repensé mes choix de consommation au quotidien, je ne voyage presque plus hors de France et je fais attention à toutes les dépenses, mais ce n’est rien comparé au coût de ma santé mentale et de ma liberté. Je me sens cohérent. « 

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