Trois anciens pilotes Audi face à une affaire de fraude

Trois anciens membres du conseil d’administration d’Audi, ainsi qu’un ancien haut fonctionnaire, ont été renvoyés jeudi devant un tribunal pénal allemand dans le cadre du scandale du diesel truqué qui continue de secouer le secteur automobile du pays.

Ils sont accusés d’avoir “eu connaissance” de la manipulation des moteurs, et qu’ils sont tous “faits pour que les voitures livrées” puissent être “vendues davantage”, a confirmé jeudi le parquet de Munich.

Il s’agit du dernier épisode de «dieselgate», un énorme scandale de plate-forme de moteurs qui a plongé l’industrie automobile allemande dans une crise dont elle peine à sortir.

L’affaire a débuté en septembre 2015, lorsque Volkswagen a admis que 11 millions de véhicules avaient été contrefaits, rendant ses moteurs moins polluants dans les tests en laboratoire que sur la route.

Audi, propriété de Volkswagen, était au cœur du problème, une partie de la responsabilité des moteurs incriminés incombant directement à la marque, en particulier dans la recherche et le développement.

Le parquet n’a pas nommé les quatre dirigeants jeudi, mais selon le magazine économique Handelsblatt, il s’agissait de deux anciens directeurs d’enquête et d’un ancien directeur des achats.

Audi, pour sa part, souhaite “coopérer avec les autorités”, a déclaré un porte-parole, rappelant que “le principe de la présomption d’innocence reste valable”.

«Audi est devenue une nouvelle entreprise depuis les révélations», a en outre assuré un porte-parole de la marque.

Affaire prolongée

Ces accusations contre les dirigeants ne sont pas les premières de la justice allemande: l’ancien patron d’Audi Rupert Stadler et l’ancien PDG du groupe Volkswagen Martin Winterkorn attendent déjà leur procès dans cette affaire tentaculaire.

La première audience sur M. Stadler, qui a été jugé pour fraude avec trois autres dirigeants, est prévue pour le 30 septembre.

Il sera le premier haut responsable du groupe à répondre devant un tribunal en Allemagne, dans un procès qui devrait durer au moins jusqu’en décembre 2022.

L’actuel PDG du groupe, Herbert Diess, et le président du conseil de surveillance, Hans Dieter Pötsch, ont également été licenciés en septembre dernier pour avoir manipulé les marchés financiers.

Mais ils ont évité un procès, avec une transaction financière de neuf millions d’euros, en vertu d’un accord légal.

Outre les poursuites intentées contre certains responsables du groupe, Volkswagen a déjà réglé une grande partie de la composante pénale et civile en Allemagne.

30 milliards d’euros

Audi a infligé une amende de 800 millions d’euros en 2018 pour “ violation ” de son “ devoir de surveillance ” en ce qui concerne l’homologation des voitures diesel.

Le groupe, pour sa part, a accepté en avril de payer au moins 750 millions d’euros pour indemniser 240 000 clients dans le pays.

Suite à une décision défavorable du plus haut tribunal civil, le fabricant envisage désormais de proposer des règlements à l’amiable pour régler une grande partie des 60 000 réclamations restantes du pays.

Mais ce n’est qu’une petite partie de la facture totale de l’accord pour Volkswagen, plus de 30 milliards d’euros, dont une grande partie aux États-Unis, où le scandale a éclaté.

Mi-juin, Axel Eiser, ancien manager allemand chez Audi et Volkswagen, a été arrêté en Croatie à la demande des autorités américaines.

Il a été inculpé en janvier 2019, avec d’autres chefs de groupe, Richard Bauder, Stefan Knirsch et Carsten Nagel, tous chefs du département de développement moteur chez Audi en Allemagne.

Dans les affaires civiles, le dernier procès majeur reste celui des investisseurs cherchant à obtenir une compensation pour la chute du cours de l’action suite aux révélations.