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La crise signera-t-elle le retour du Made in France?

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A Bercy, la salle Pierre-Mendès-France est bondée. Le 7 janvier 2020, la fleur du patronat français s’est précipitée aux vœux de Bruno Le Maire: Isabelle Kocher (Engie), Michel-Edouard Leclerc (E.Leclerc), Jean-Dominique Senard (Renault), Stéphane Richard (Orange). .. Nous nous serrons la main, nous nous embrassons. Le virus corona, qui sévit déjà en Chine, n’a pas encore atteint la France. Soudain, le ministre des Affaires économiques surprend son peuple. «Nous devons repenser le capitalisme, mettre fin aux excès de la mondialisation, voir notre souveraineté nationale», argumente-t-il, le conquérant. Et d’exprimer son ambition de construire des flagships européens, autour de la batterie électrique, de l’hydrogène, de l’intelligence artificielle … Les patrons applaudissent, non sans ironiser cette figure de droite aux accents soudain très chevaleresques.

Bruno Le Maire est tout sauf méfiant que la pandémie de Covid-19 renforcera ses propos deux mois plus tard en dénonçant les carences de notre économie. Et à travers eux, notre dangereuse dépendance vis-à-vis de la Chine. Parce que tout de même! Nous n’avons pas à insister sur les pénuries qui ont frappé notre système de santé et sur l’urgence de réduire une partie de notre production sanitaire et pharmaceutique, nous en avons tous été témoins. Mais peut-on imaginer la dévastation qu’un nouveau virus informatique causerait si nous étions exclusivement équipés d’équipements Huawei ou Lenovo?

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Alors si cette crise a permis de réaliser collectivement que défendre notre souveraineté ne doit plus dépendre des technologies chinoises critiques, tant mieux! Si cela nous conduit à réinvestir massivement dans l’industrie et à rapprocher certaines de nos valeurs stratégiques de nous, bravo! Enfin, nous serons applaudis s’il permet aux 27 pays de l’Union européenne de rompre avec l’aveuglement dont la Commission fait preuve depuis des années avec un droit de la concurrence qui a si bien profité aux Chinois – mais aussi aux Américains -. Même si nous ne sommes pas naïfs, nous pouvons diversifier nos fournisseurs: «La Chine conserve des avantages industriels et logistiques sans précédent à l’échelle mondiale», rappelle le sinologue François Godement.

Alors oui, sans tomber dans l’ornière du protectionnisme ou de la démagogie anti-mondialiste, on peut imaginer une Europe – animée par la France – qui garantisse un commerce plus équitable pour nos entreprises et notre agriculture et permette la croissance de champions européens dans les secteurs. clés de notre avenir.

La crise a démontré la nécessité de ce changement de logiciel. Et la bonne nouvelle, comme le montre notre bilan, c’est que les Français n’attendent que ça! Entre protectionnisme et libre-échange effréné, l’Europe doit trouver le troisième et se renforcer pour lutter sur un pied d’égalité avec ses rivaux dits «systémiques». Cela prendra du temps, mais cette crise suffit à en faire une pédagogie.

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