Accueil » News » A Marseille, la chute du parrain Michel Campanella, figure du crime organisé

A Marseille, la chute du parrain Michel Campanella, figure du crime organisé

  • par

Pour entrer dans la tanière de Michel Campanella, il faut se glisser entre le comptoir du restaurant et le four à bois, passer les cuisines puis prendre un petit escalier vers la gauche. Le salon est en haut de l’escalier, à peine assombri par un rideau blanc éphémère.

C’est ici, au premier étage de la Villa Rocca, une pizzeria de luxe au décor marseillais corse au cœur de Saint Giniez (8e arrondissement), le quartier civil de Marseille, que le piège est fermé sur Michel Campanella, 57 ans, également connu sous le nom de Blond ou Canary. Pour faire tomber la personne qu’elle considère comme l’un des parrains de Marseille, la justice a déployé d’énormes moyens en plaçant des microphones dans le petit salon dans lequel il était assis. Pour mettre la main sur Gérald, son jeune frère en fuite, dès 2015, la police judiciaire avait localisé le sac de sa fille de 8 ans en y cousant un vif d’or pendant la pause.

Dans son petit salon de la Villa Rocca, Michel Campanella, troisième rang de rugby physique et un regard caché derrière les lunettes Ray-Ban, a reçu tout ce que Marseille compte sous la pègre, mais ne savait pas que ses conversations étaient écoutées. « Il a joué le rôle de juge de paix, doublant ou doublant les criminels venus en pèlerinage, donnant des ordres ou des conseils et parfois avançant l’argent nécessaire », a déclaré un grand policier spécialisé dans le crime organisé.

« Dangereux et insaisissable »

Mais en cette chaude soirée de juillet, les criminels semblent avoir quitté les lieux, comme chassés par un mauvais vent légal. «Nous avons beaucoup de tables gratuites», annonce avec une fausse bonhomie, le fils de Michel, dans l’uniforme de la maison, une chemise ajustée brodée des initiales VR. Kévin Campanella, 29 ans, a été libéré après 96 heures de garde à vue, inculpé de possession d’armes prohibées. Sa belle-mère Nadine Roccia, habituellement dans la cuisine en tablier, est absente vendredi soir. Elle a également dû passer quatre jours au palais épiscopal, le commissariat central de Marseille. Quant au chef de famille discret, il dort à nouveau en prison, à Luynes, enterré sous l’accusation: complot criminel en vue de commettre des meurtres et autres délits, notamment extorsion, blanchiment d’argent, recel, transport. drogues.

Michel Campanella a été arrêté le 24 juin / PHOTOPQR / LA PROVENCE
Michel Campanella a été arrêté le 24 juin / PHOTOPQR / LA PROVENCE

Jugé « dangereux et insaisissable », ce père de cinq enfants, officiellement simple vendeur de casiers, a été arrêté sans résistance à Aubagne le 24 juin, accompagné du noyau dur de son clan. Dix ans seulement après son incroyable arrestation sur un yacht de 22,75 mètres à Golfe-Juan (Alpes-Maritimes). Un navire de luxe généralement réservé à la jet-set et mis à disposition gratuitement par Alexandre Rodriguez, PDG de l’un des leaders mondiaux du luxe. Michel Campanella était alors en fuite avec son frère Gérald, toujours en fuite, et son ami d’enfance et partenaire Bernard Barresi, également en fuite depuis 16 ans. Les deux frères sont maintenant en prison, ce dernier est libre et récemment marié en Corse.

Échange de billets gagnants

Les deux choses sont interdépendantes. Dans cette ancienne affaire, accusée d’extorsion, Campanella a dû signaler tous ses voyages à l’étranger, notamment au Maroc ou en Polynésie française, où il a de la famille. Les voyages qui ont été suivis. Les avocats de la défense soupçonnent que la juge Marie Grandjouan, qui enquête sur les deux affaires, a utilisé la première affaire pour alimenter la seconde.

Le 24 juin, Michel Campanella est arrêté avec ses deux lieutenants historiques: Patrick Le Maux, ancien gérant du Bar de la Marine dans le vieux port et Jacques Buchignani, ami d’enfance. Les trois hommes venaient d’un hangar à motos, pesé 40 000 euros. Émoluments gagnés par les jeux d’argent selon les parties intéressées ou destinés au remboursement de certains justiciers.

Dès 2010, le criminel justifiait sa liquidité par sa passion du jeu. En particulier à plusieurs gros gains liés au PMU ou au Loto (217 000 $ en quelques semaines), le criminel a répondu: «Oui, j’ai de la chance mais je joue beaucoup La police avait découvert comment son équipe était intervenue en gagnant des billets pour blanchir leur argent.

Boîte, armes et règlement de comptes

L’enquête en cours débute en février 2018, lorsque la brigade criminelle PJ Marseille observe les mouvements étranges de Jacques Buchignani, un habitué de la Villa Rocca. Cet homme de 60 ans change de véhicule pour se déplacer, alternant entre Kangoo et Mercedes, occupé par des boîtes louées par un membre de la famille Campanella où les enquêteurs parviennent à insérer une caméra. Ils ont ensuite trouvé en présence de fausses plaques d’immatriculation, de véhicules volés et de pain emballé qui ressemblait à de la cocaïne.

La police, en particulier, est convaincue que Buchignani a vu des endroits autour d’un clan rival et a placé une balise sur le véhicule d’un lieutenant appartenant à Jean Louis Grimaudo, un jeune et agité méchant du quartier de Capelette. En 2013, l’ADN de Gerald Campanella et Grimaudo a été retrouvé sur des armes et des munitions stockées dans une boîte. Une découverte qui a de nouveau forcé le plus jeune des Campanella à fuir. La boîte était sous la responsabilité de Grimaudo, et les frères et sœurs l’accusent d’avoir oublié de payer le loyer de la chambre, alors la police l’a découverte. Dans cette affaire, condamné à dix ans, Gérald Campanella doit comparaître en appel en octobre.

La famille Campanella est connue de toute la ville de Marseille ou presque./MAXPPP/Elisa Sarret
La famille Campanella est connue de toute la ville de Marseille ou presque./MAXPPP/Elisa Sarret

Un événement suffisant pour vouloir éliminer le chef de la ville? La police n’est pas convaincue. Mais l’enquête préliminaire se transforme en information judiciaire le 28 mars 2018, quelques jours avant l’assassinat de Jean-Louis Grimaudo dans la rue le 5 avril 2018. « Toutes ces enquêtes pèseront lourdement sur l’aspect du meurtre de Grimaudo comme dans le cas des stupéfiants », a déclaré un enquêteur.

Que faut-il enfin faire pour faire tomber le clan du trafic de drogue? La justice a toujours soupçonné que la Campanella était dans les stupéfiants, sans jamais fournir de preuves. « Ce sont des passeurs, quand vous les interrogez, ils peuvent le lire sur leurs visages », nous disait un magistrat il y a quelques années. En tout état de cause, pas un seul gramme de cocaïne ou de cannabis n’a été retrouvé lors des différentes recherches. Seuls les équipements de surveillance et de perturbation chez Jacques Buchignani, véhicules volés et bidons d’essence, dans les box des quartiers nord.

« Les Campanellas sont redoutés, seul leur nom fait peur »

L’enquête ne se limite pas à ces faits. Des accusations supplémentaires ont été déposées en raison de l’augmentation de la sécurité autour de la Villa Rocca. Le taraudage alimente le stock d’entraînement épais de près de 11 000 côtes. Le ballet des restaurateurs, patrons des bars et boîtes de nuit de l’établissement a été interprété par les chercheurs comme autant d ‘«amendes». Extorsion légale contre au moins une douzaine d’établissements, sans aucune plainte enregistrée. « On craint les Campanella, seul leur nom fait peur », assure une source policière. Dès qu’on y travaille, on n’obtient aucune information, personne ne veut parler. « 

La pizzeria de luxe aurait également servi d ‘«enveloppe» aux maîtres chanteurs. D’autres marques bien connues sont également dans la ligne de mire: le restaurant Monticelli, situé à proximité de la Villa Rocca, mais aussi le bar Kalinka ou la brasserie Chez Lulu dans le quartier de l’Opéra, lieu traditionnel de nuit et marseillais.

Guillaume B., propriétaire des deux derniers locaux, a été inculpé et détenu pour complot criminel et racket. Ce quadragénaire tout feu, tout feu est soupçonné d’être l’une des portes d’entrée de Michel Campanella dans le monde de la nuit. Il est notamment l’organisateur des fameuses soirées rooftop Ciel mon Mardi, une boîte de nuit très appréciée des jeunes marseillais et détenue par le Groupe Paris Society. Lorsqu’on lui a demandé, l’entreprise répond que Guillaume B. n’est qu’un prestataire de services, pas un employé ou un dirigeant de l’entreprise.

Au sommet de la pyramide mafieuse de Marseille

Le modus operandi des entreprises de chantage est bien huilé. «Le clan s’approche des entreprises en difficulté ou des entreprises peu scrupuleuses qui gèrent des entreprises pour investir leur argent sur des revenus illégaux», a déclaré un policier. L’organisation prend donc une domination financière mais surtout morale sur ses dirigeants. Petit à petit, sous pression directe ou indirecte, ils prennent le contrôle de l’ensemble de la société », résume-t-il. S’ils ne le rachètent pas à bas prix. Les chercheurs soupçonnent que l’acquisition de la Villa Rocca a été réalisée à un prix incorrect: 150 000 euros.

Selon nos informations, un emprunt a été contracté par Nadine, la compagne de Michel, Kévin, son fils et deux autres personnes pour acheter et investir dans l’entreprise. L’avocat de Campanella, Me Jean Jacques Campana, rejette ces allégations en bloc: «Tous les dossiers bancaires, notariaux, de prêts sont disponibles, mais les tribunaux n’ont pas encore pris le soin de les analyser. Ils ont préféré s’enfermer d’abord », critique le défenseur de la famille. «Mon client paie pour son nom et sa réputation parce que la police suppose que rien de ce qu’il fait ne peut être légal. « 

    Michel Campanella après sa première arrestation en juin 2010./PHOTOPQR/LA PROVENCE / Guillaume Ruoppolo
Michel Campanella après sa première arrestation en juin 2010./PHOTOPQR/LA PROVENCE / Guillaume Ruoppolo

Un soupçon qui trouve ses racines dans la carrière juridique de Michel et de son frère Gérald pendant 35 ans. Les deux frères Campanella, dont le sort est indissociable, originaires des Districts Nord, étaient de simples voleurs des Districts Nord à la fin des années 1980, suivant leur chemin criminel pour atteindre le sommet de la Pyramide de la Mafia de Marseille. Les « Blonds » et les « Gros » ont appris leurs compétences dans les vols à main armée sur les berges des Bouches-du-Rhône. Cinq localités en moins d’une semaine en juillet 1986.

«Michel était la tête, les jambes de Gérald», se souvient un policier. Ils ont respectivement 23 et 19 ans et tombent imprudents quelques jours plus tard. Comme les danseurs de « Mia » du groupe marseillais IAM, ils portent des montres Rolex au poignet, d’épaisses chaînes en or autour du cou et un paquet de billets dans leurs poches, au point qu’ils suscitent les soupçons du gérant de le palace sur la Côte d’Azur. dans lequel ils dépensent généreusement.

Si le bâtiment disparaît …

Les frères et sœurs en tireront des leçons et renonceront très rapidement au coup d’État pour avoir fraudé et investi dans la sphère publique. Cela ne les empêche pas de faire un croisement entre la détention et la fuite. En 2003, les deux frères créent leur propre société MGC, spécialisée dans les travaux publics, et plus particulièrement les terrassements, démolition et VRD (différents réseaux routiers).

Gérald assure le bon fonctionnement des sites, Michel, qui possède les fibres commerciales, candidat aux marchés publics et privés. L’entreprise est en plein essor. Il a réalisé un chiffre d’affaires de 4,7 millions d’euros en 2005 et de 7 millions d’euros en 2008. «Le bouche à oreille a commencé à fonctionner et nous avons commencé à travailler avec des entreprises de plus en plus importantes, même des majors comme Eiffage ou Dumez», expliquait Michel Campanella le 5 juin 2010, après son arrestation sur le yacht de Golfe Juan.

Sous les bons de commande de MGC, on retrouve des marchés publics attribués par Marseille-Provence-Métropole, la communauté urbaine de la ville, un projet sur les ZAC à La Ciotat ou encore des lieux prestigieux comme le nouvel hôtel du Parc Borély ou l’hôtel Best Western près d’Aix-en -Provence. La société est soupçonnée d’avoir tourmenté l’économie locale par le blanchiment d’argent des machines à sous et l’extorsion par l’intermédiaire de la société MGC. Pour gérer son activité immobilière, le clan utilise ses proches comme nominés. Un défilé pour empêcher la justice de confisquer leurs biens, argument réfuté par la Campanella. A l’époque, l’agresseur faisait état d’un salaire de 4 000 à 5 000 euros au sein de la société MGC. Mais son style de vie dépassait largement ses émoluments: villa louée 4000 euros par mois, flotte, achats d’appartements et de maisons, le tout payé à crédit, collection de montres …

Le restaurant Villa Rocca, la pizzeria de luxe de Campanella./DR
Le restaurant Villa Rocca, la pizzeria de luxe de Campanella./DR

L’organisation a des contacts privilégiés dans les cercles les plus fermés, comme ceux des hommes politiques ou de la police. À plusieurs reprises, les employés profiteront d’une fuite dans des affaires juridiques les concernant et seront parfois même avertis avant d’être arrêtés. A l’époque, le trio est intervenu directement auprès d’un élu pour résoudre un problème avec la préfecture entourant un chantier, a bénéficié d’une information privilégiée sur les appels d’offres de la régie des transports, et était passionné par un rapprochement politique qui permettrait le droit de restaurer la communauté urbaine présidée par la gauche. Michel Campanella a été accusé d’extorsion, de dissimulation d’abus d’actifs de l’entreprise et de non-justification de fonds et a été libéré en 2012. Mais la société MGC n’a pas survécu, elle a été liquidée en 2010 après la capture des deux frères dans l’affaire Golfe Juan.

Belles personnes dans le restaurant

« Structure ancienne et hiérarchisée, multiples activités criminelles, lien avec le tissu économique et social, corruption, système sophistiqué de blanchiment d’argent … c’est un véritable réseau mafieux s’étendant jusqu’à Nice, au travers d’alliances ad hoc, notamment avec les héritiers de la mer Brise (Note de l’éditeur: gang de criminels corse du nom de ce bar du port de Bastia où les criminels se sont rencontrés) », Analyse le principal agent spécialisé dans le crime organisé.

Chance sur le calendrier et destin? Michel Campanella a été inculpé et placé en garde à vue à quatre complices présumés le même jour où la mairie de Marseille a changé de mains après 25 ans de règne incontesté de Jean-Claude Gaudin. L’ancien maire AE de Marseille est un habitué du restaurant Villa Rocca, tout comme de nombreuses autres personnalités: chefs d’entreprise, décideurs, acteurs, magistrats et même policiers.

Deux candidats non retenus aux dernières élections municipales Martine Vassal (LR) et Samia Ghali (PS) y ont également été aperçus. Vous souhaitez goûter la cuisine de Nadine ou demander conseil à Michel? Depuis internet, la politique marseillaise gronde avec des rumeurs sur le contenu de l’interception et l’identité des interlocuteurs du Parrain. Dans tous les cas, son emprisonnement suggère une réorganisation à court terme du quartier. «La nature déteste le vide», prédit le grand agent. Et au début de l’année scolaire ça va probablement descendre. «