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Conseils | Envolée du Covid-19 aux États-Unis: Trump est responsable uniquement

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Publié le 20 juil.2020 14:22Mis à jour le 20 juil. 2020 15:38

Le système institutionnel américain est complexe pour deux raisons. Il est né de la nécessité d’assurer un équilibre des pouvoirs dans les anciennes colonies britanniques aux cultures politiques très différentes: il fallait comprendre les différents niveaux du fédéralisme américain (localement et surtout entre les États et le gouvernement fédéral) et équilibrer les différentes branches. pouvoir politique à tous les niveaux (législatif, exécutif, judiciaire) pour respecter la «séparation des pouvoirs» théorisée, entre autres, par John Locke. Il fallait alors absolument éviter que l’une des branches ou l’un des niveaux prenne le pas sur l’autre.

Ces mêmes institutions se sont développées à mesure que l’État américain s’est attaqué à un nombre croissant de problèmes économiques et plus tard sociaux. Le New Deal a été particulièrement productif, fournissant à l’État fédéral une liste alphabétique des agences administratives, dont beaucoup continuent sous une forme ou une autre.

Pour ces deux raisons, on peut vraiment parler d’un «système» institutionnel, même si des voix plus critiques, comme celles du journaliste Nicolas Rauline, parlent d’un «mille-feuille administratif» ou d’un système politique qui «impasse». Mais si l’État américain semble franchir ses frontières face à la crise de Covid-19, ce système vieux de 230 ans – bien qu’il ait radicalement changé depuis lors – aurait très bien pu éviter cette débâcle.

Un système qui a évolué

En effet, la réponse politique et administrative à Covid-19 souffre de l’incohérence de la Maison Blanche. Depuis le début du XXe siècle, le président des États-Unis a un mandat incontesté en temps de crise. Basé sur son rôle constitutionnel de commandant en chef des forces armées, puis sur une gouvernance forte du Congrès sur les crises économiques et sociales (Grande Dépression, mouvements sociaux des années 1960, chocs pétroliers, crise financière de 2009) ou militaire et sécuritaire (Première et Seconde Guerre mondiale, guerre froide, 11 septembre 2001), le président est aujourd’hui largement considéré comme le leader institutionnel et politique en situation de crise.

Il a les moyens et sa position pour éviter la longueur et la complexité d’une réponse purement législative, ainsi que l’incohérence et l’incohérence d’une réponse différente dans chaque État et ville du pays. Les institutions américaines se sont ainsi progressivement transformées en un président fort, utilisant sa position centrale, ses pouvoirs et sa visibilité pour diriger les États-Unis en temps de crise.

Gestion des états catastrophiques

L’approche de l’administration Trump face à la crise a été désastreuse. La présidence s’est construite sur une question implacable sur la légitimité du gouvernement des États-Unis. Même si Trump dispose de tous les outils nécessaires pour nationaliser la gestion de la crise et, par exemple, assurer la gestion des inventaires de masques, de matériel médical, imposer le port de masques et même décider d’une inclusion générale ou partielle dans le pays a simplement refusé de prendre de telles mesures.

Au contraire, il s’interroge sur le rôle de l’Etat dans la crise et même sur l’existence de tels pouvoirs présidentiels (même s’ils ont été utilisés par ses prédécesseurs). Il s’est engagé dans une politique de déconstruction de l’État américain au pouvoir, et la proactivité envers Covid-19 remettrait en cause la validité de quatre ans et l’un de ses principaux arguments électoraux.

Problèmes politiques

La présidence actuelle marque le sommet de la politique hyper-partisane au plus haut niveau. Toute question d’ordre public devient une question politique et un argument électoral. La pandémie est ainsi un moyen de se différencier du Parti démocrate lors d’une campagne électorale permanente (Trump a lancé sa campagne de réélection lors d’un rassemblement en février 2017, quelques semaines après le début de son mandat).

Pour cette raison, remettant en question la réalité de Covid-19, comme il l’a fait à de nombreuses reprises, puis remettant en question les chiffres de la pandémie, il a encore minimisé sa dureté dans une interview musclée avec Chris Wallace sur Fox News le 19 juillet – une façon de jouer sur l’antistatique d’une partie de sa base électorale et de se démarquer des démocrates et de certains républicains qui critiquent ouvertement le président, comme le gouverneur Larry Hogan (Maryland) ou le sénateur Mitt Romney (Utah).

Positions peu claires

On comprend mieux cette situation parfois surréaliste d’un président qui a changé d’avis sur Covid-19 depuis février, alternant des moments forts où il donne l’impression de prendre les choses en main, et tente même de braconner des sociétés pharmaceutiques étrangères. dans la course au vaccin, puis d’autres où il refuse simplement de venir en aide aux États, les met en concurrence pour acheter du matériel médical, et refuse parfois de reconnaître l’existence d’une pandémie et d’un masque. Il a récemment tenté de blâmer la Chine.

Ici, le président peut compter sur une marge du Parti républicain, notamment au Sud, qui refuse tout simplement d’être imposée par l’État. Par exemple, PBS a montré que le Texan refusait de porter un masque parce qu’il était sûr de se réveiller «dans un pays libre» ce matin-là. Il nourrit également sa rhétorique des théories du complot qui sont abondantes même dans son fil Twitter et sont régulièrement adoptées par les membres de sa famille et lui-même.

Le problème n’est donc pas institutionnel. Si le Président avait pris une position claire sur cette question et usé de tout le pouvoir de l’Etat fédéral face à la pandémie, nous n’aurions pas assisté à ce jeu d’affrontements permanents entre élus, élus et juges, et même entre les élus et la police. L’histoire politique américaine montre que les juges n’interviennent pas contre le président dans de tels moments et que les États le soutiennent généralement, du moins jusqu’à la fin de la crise.

Le problème est très humain: Donald Trump refuse d’intervenir et, dans un espace politique où tout est discutable, même un virus, le système institutionnel et politique tente en quelque sorte de réapprendre à agir sans – et même contre – une présidence. est devenu impérial et indispensable au cours des crises précédentes.

Maxime Chervaux est professeur associé à l’Institut français de géopolitique.