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Lutte d’armes entre écoles privées et parents d’élèves: Saaïd Amzazi, sans fioritures [ Interview]

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Rien ne va entre les parents et les écoles privées. Portant des frais supplémentaires (ordinateurs, tablettes, internet …) et pour la plupart contraints de jouer aux professeurs, les parents d’élèves des écoles privées ne veulent pas payer tous les frais de scolarité du troisième trimestre qui couvre la durée de l’incarcération. Alors que la tension entre les deux parties continue d’augmenter, le service maritime essaie d’éteindre l’incendie. Quelle marge de manœuvre pour le ministère de l’Éducation nationale? Où est le dossier? De nombreux parents d’élèves menacent déjà de migrer en masse vers l’enseignement public. L’école publique a-t-elle la capacité? Lumières de Saaid Amzazi.

Défi: Quelle place le système éducatif national place-t-il dans l’enseignement privé?

Amzazi a déclaré: L’enseignement privé fait partie intégrante de notre système éducatif, tel que défini dans la Charte nationale de l’éducation et de la formation et la Vision stratégique, deux textes de base de ce système qui le considèrent comme un partenaire stratégique de l’enseignement public dans sa mission de service public, incarnée par un une offre éducative équitable, diversifiée et de qualité, qui maintient l’égalité des chances pour tous les Marocains.

La loi-cadre sur l’éducation 51-17 n’a pas reconnu ce lieu comme un partenaire stratégique dans l’enseignement privé, et précise en outre que ce secteur est également appelé à s’impliquer dans la lutte contre les différences éducatives, en particulier les différences territoriales et sociales avec les enfants de familles nécessiteuses, mais aussi les enfants handicapés ou ayant des besoins spéciaux. Une autre contribution importante de cette loi-cadre est qu’elle prévoit à l’article 14 une révision et une mise à jour de la loi 06.00, qui réglemente l’enseignement privé, en vue d’atténuer les dysfonctionnements diagnostiqués depuis des années.

Le ministère s’est également engagé dans cette tâche, en collaboration avec les représentants du secteur privé et ceux des fédérations étudiantes de parents d’élèves, et prépare un projet de décret pour mieux redéfinir les délais. les frais d’inscription, la mise à jour des frais d’assurance et une meilleure spécification des coûts des différents services fournis par les établissements d’enseignement privés.

Défi: Que représente le secteur de l’enseignement privé en chiffres sur le terrain?

L’enseignement primaire et secondaire privé représente environ 14%, soit un peu plus d’un million de notre population étudiante. Cependant, la répartition des effectifs des étudiants inscrits dans les établissements privés est très hétérogène, avec une concentration nette dans 5 des 12 régions, qui abritent plus de 78% des effectifs: Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra, Fès-Meknès, Marrakech-Safi et Tanger-Tétouan. Cette forte inégalité territoriale se reflète non seulement entre les régions, mais aussi au sein d’une même région. Par exemple, le cas de Rabat, qui accueille près de 45% des étudiants privés de sa région, tandis que Sidi Slimane n’en abrite que 8%.

Par ailleurs, l’enseignement privé au Maroc n’est pas seulement une question de nombre d’étudiants inscrits: c’est un secteur qui génère de nombreux emplois: 71 194 enseignants, 22 261 personnels administratifs et 42 467 emplois dans les services, ce qui représente encore environ 135 922 salariés travaillant dans ce secteur et sont soumis au droit du travail marocain.

Défi: Comment expliquez-vous l’engouement marocain pour les écoles privées?

Je ne parlerais pas vraiment de tomber amoureux … Rappelez-vous: en 2010, 12% des étudiants marocains étaient inscrits dans le secteur privé. Dix ans plus tard, le fait que ce pourcentage atteigne 14% n’est pas forcément à la mode, mais plutôt ce que je décrirais comme la simple préférence de certains Marocains pour ce secteur.

De nombreux parents inscrivent leurs enfants non seulement dans le secteur privé pour un meilleur niveau d’éducation, mais aussi et surtout dans l’environnement qu’ils y trouveront. Les entreprises du secteur privé sont généralement sûres et, grâce aux activités parascolaires qu’elles offrent, offrent une surveillance et des opportunités importantes dans les domaines du transport et des cantines et du développement. Ils offrent également plus d’enseignement des langues étrangères et plus de flexibilité dans leurs horaires pour s’adapter à celui des parents. Ces familles ont donc opté pour ce système et préfèrent voir leurs enfants évoluer dans un tel contexte. De plus, cela a conduit au triste phénomène que de nombreuses institutions publiques dans les quartiers privilégiés des grandes villes sont fermées, où les écoles publiques ne peuvent plus trouver de « preneurs » …

Défi: Comment les écoles marocaines privées ont-elles dispensé un enseignement à distance pendant l’incarcération?

Après la décision du ministère de suspendre l’enseignement en classe le vendredi 13 mars, il va sans dire que le défi de l’enseignement à distance, seul moyen d’assurer la continuité de l’éducation de nos élèves, est rapidement apparu pour toutes les écoles, publiques ou privées. . Grâce à la plateforme « Telmidtice » et à la création de classes virtuelles et à l’apport des chaînes de télévision nationales, cette continuité pédagogique est assurée au bénéfice des étudiants publics et privés. Concernant les établissements privés, les données des directions régionales permettent d’estimer le pourcentage d’écoles privées impliquées et engagées autour de 96% pour assurer cette continuité pédagogique par les différents moyens évoqués ci-dessus. , ou d’autres créés par des écoles ou des enseignants.

Défi: Qu’en est-il du conflit actuel entre les parents d’élèves de ces écoles?

En fait, tout ce conflit repose sur le paiement des frais de scolarité correspondant au trimestre suivant la suspension des cours en classe. D’une part, une très grande majorité des parents d’élèves ont refusé de payer ou sont incapables de payer leur facture et demandent une réduction de ces coûts voire une exonération totale, notamment pour les parents d’élèves en arrêt maladie en raison d’une crise sanitaire, ou ceux dont les salaires ont été affectés à cet égard. D’autres parents estiment que les cours à distance proposés ne justifient pas une scolarité complète car ils correspondent à une éducation personnelle. Sans oublier que la nécessité pour leurs enfants de suivre des cours à distance entraîne des frais supplémentaires pour l’achat de matériel informatique et de connexion Internet.

D’autre part, les établissements privés qui estiment avoir rempli leur part du contrat en assurant la continuité de l’enseignement et qui se déclarent également défavorisés par la crise de Covid-19, qui est aussi la concurrence des privés l’éducation a déclenché la recherche du soutien du Fonds spécial pour la gestion de la pandémie de coronavirus. Sans oublier que, malgré les dispositions de la circulaire du ministère de l’Éducation nationale n ° 80 du 24 juin 2003, appelant au renforcement des associations de parents d’élèves, 80% de ces établissements ne sont même pas L’association a des parents d’élèves, qui forment normalement leurs vrais interlocuteurs, ce qui rend plus difficile la gestion de ce conflit à l’échelle nationale.

Défi: Comment le ministère peut-il intervenir dans ce conflit?

La vraie question est plutôt de savoir quelle marge de manœuvre la loi marocaine autorise le ministère à intervenir dans ce conflit … À l’article 22, la loi 06.00 précise que le ministère, à travers ses académies régionales d’éducation, ne contrôle pas seulement l’octroi des autorisations pour les création d’établissements privés et de suivi et de contrôle de l’éducation. Les relations entre les familles et ces institutions, notamment en ce qui concerne les frais de scolarité, ne relèvent pas de sa compétence et sont régies par une convention de droit commun. Il en va de même pour les employés de ces institutions qui sont soumis au droit national du travail et ne peuvent donc être contrôlés que par des inspecteurs du travail. Sans cette base légale et réglementaire qui lui permettrait de se prononcer dans ce débat sans fin, le ministère ne pourrait donc que se contenter d’une médiation entre les deux parties en vue de la médiation, ce qu’il a fait en menant des négociations au niveau central mais aussi au niveau de l’AREF (Académie régionale de l’éducation et de la formation, notes explicatives) et des directions provinciales.

De nombreuses institutions d’accueil ont fait des efforts pour raccourcir, reporter ou même annuler les délais de paiement des frais de scolarité, étant donné le contexte difficile associé à la pandémie de coronavirus. Mais pour une minorité d’entre eux, le blocage persiste et je profite de cette interview pour faire à nouveau appel à leur sens du patriotisme et de la solidarité humaine pour faire en sorte que cette situation de conflit, qui ne dure pas trop longtemps, soit préjudiciable l’image de l’enseignement privé aux yeux des marocains, est débloquée et épurée. En fait, le véritable espace de manœuvre qui revient aujourd’hui au département, qu’elle souhaite utiliser le plus rapidement possible, lui est donné, comme je l’ai dit plus haut, par la loi-cadre qui a permis de bien définir le terrain et notre pouvoir de réviser la loi à 6 heures afin qu’elle soit conforme aux dispositions légales de la loi-cadre qui stipulent que les frais d’inscription, d’étude, de prestations et d’assurance sont fixés par décret.

Nous avons donc commencé cet examen. Une proposition à cet effet sera prochainement présentée au Parlement, ce qui, comme vous en convenez, constituera un énorme succès pour notre système éducatif national, comme ce fut le cas avec la loi-cadre adoptée l’été dernier. Étant donné que l’offre du secteur de l’enseignement privé sur place est très hétérogène, tant en termes de capacités d’accueil qu’au niveau de l’enseignement ou de celui des infrastructures et bien sûr des taux appliqués, il nous faut tout d’abord développer un modèle de catégorisation des établissements privés à partir d’indicateurs réels qui permettent une détermination objective des frais de scolarité, selon la catégorie et les services réellement fournis par chaque institution.

En outre, conformément aux articles 13 et 14 de la loi-cadre 51-17, le nouveau texte réglementaire devra également examiner la contribution du secteur de l’enseignement privé au service public et établir un taux de participation des établissements privés en ce qui concerne la gratuité de l’enseignement pour les enfants des personnes défavorisées. familles, handicapées ou ayant des besoins spéciaux. Diverses incitations pourraient être prises au profit des institutions privées, afin qu’elles puissent également contribuer aux objectifs de la lutte contre l’analphabétisme et l’éducation informelle.

Enfin, il ne faut pas oublier que les établissements privés doivent répondre à leurs besoins éducatifs et administratifs permanents dans un délai de quatre ans pour se conformer à la loi-cadre 51-17.

Rencontre entre le ministre, les représentants des écoles privées et les parents d’élèves.

Défi: Après cette confrontation entre écoles privées et familles, de nombreux parents d’élèves menacent de migrer en masse vers l’enseignement public. Faut-il s’attendre à ce qu’un tel scénario se réalise au début de la prochaine année scolaire?

Déjà au début de l’année scolaire 2019-2020, bien avant cette crise, 52000 élèves ont quitté les écoles privées pour s’inscrire dans le système public. Cependant, les conséquences de ce transfert massif de personnel vers le système public doivent être mesurées à la lumière de la réalité sur le terrain. Tout d’abord, il est absolument incontestable que l’éducation est un droit inscrit dans notre constitution et que l’État marocain est tenu de veiller à ce que chaque enfant soit placé dans une école publique. Par conséquent, chaque enfant qui quitte le système privé pour le système public au cours de la prochaine année scolaire devra trouver sa place dans l’une de nos institutions publiques.

Cependant, les récentes réformes introduites par le ministère pour améliorer le système scolaire public commencent à porter leurs fruits, comme en témoigne la réduction de la massification des classes, qui nécessite des années d’efforts dans la réhabilitation et la construction de nombreuses écoles, collèges et lycées, ainsi que le recrutement des enseignants. Notre objectif était de limiter la taille des classes à 30 élèves pour la première et la deuxième année du primaire et à 36 pour les autres années. Grâce à ces efforts, le nombre de classes de base avec plus de 45 élèves ne dépasse actuellement pas 5%. C’est un grand pas en avant. Mais aujourd’hui, ce risque d’exode massif de nos élèves vers le système public, qui est un droit acquis, je voudrais souligner qu’il menace de mettre en péril tous les efforts: beaucoup de nos écoles publiques verront leur capacité d’abris obsolètes et renouer avec le phénomène de massification au sein des classes, qui affectera significativement la qualité de l’enseignement scolaire. Et vous en conviendrez, ce n’est pas du tout dans l’intérêt des étudiants …

Sans oublier que même si l’on considère le scénario le moins contraignant, à savoir la migration de seulement 20% des inscriptions dans le secteur privé, il comprend tout de même plus de 200 000 étudiants, qui devraient être ouverts d’ici deux mois pour la rentrée scolaire, à partir de plus de 400 lieux, sur la base de 500 élèves par lieu. Qu’il suffise de dire que nous parlons d’une mission impossible.

Défi: Ton dernier mot?

Il va sans dire que la crise du coronavirus a eu le mérite de révéler les limites de l’organisation et de la gouvernance fragile de nos institutions privées et a déclenché de profonds changements au cœur de notre système éducatif. La prochaine révision de la loi régissant ce secteur apportera des améliorations notables, il est indéniable, notamment pour réviser les relations entre les établissements et les familles. Le secteur de l’enseignement privé a été établi par la loi comme un véritable partenaire du secteur public et accueille plus d’un million de nos étudiants. À ce titre, il mérite toute notre attention, nos efforts et notre soutien. Il est donc de notre devoir de l’accompagner et de la protéger dans sa restructuration.