Seize banques européennes unissent leurs forces pour perdre Visa et Mastercard

Publié le 2 juillet 2020 18:45Mis à jour le 2 juillet 2020 à 19 h 10

Après l’échec du projet “ Monnet ” en 2012, les “ bonnes fées ” se sont tournées vers la police de l’European Payments Initiative (EPI), annoncée jeudi par un groupe de seize banques de cinq pays de la zone euro. Objectif: créer un nouveau standard de paiement européen, transfrontalier et domestique, capable de se débarrasser des prestataires étrangers comme Visa et Mastercard et des nouveaux venus comme Apple Pay.

Cette annonce a été saluée par la Banque centrale européenne (BCE) et soutenue par la Commission. Dans une chronique publiée dans “Les Echos”, Burkhard Balz, membre du conseil d’administration de la Bundesbank et Sylvie Goulard, vice-gouverneure de la Banque de France résument les enjeux: “La souveraineté européenne peut être menacée en fonction de fournisseurs non européens”.

“C’est à la fois une question d’indépendance et de renforcement de l’Europe, et l’opportunité pour les banques d’offrir à leurs clients de nouveaux services innovants adaptés à de nouvelles applications à des prix compétitifs”précise Thierry Laborde, directeur adjoint de BNP Paribas, qui participe au projet aux côtés de cinq autres banques françaises (La Banque Postale, Société Générale, Crédit Mutuel, Crédit Agricole et BPCE).

Carte bancaire et virement direct

Il s’agit clairement de mettre en place un système européen basé sur deux produits: une carte bancaire nouvelle génération à laquelle un portefeuille numérique sera associé et un virement immédiat, avec des solutions de paiement personnelles (P2P). Demain, un commerçant européen pourra bénéficier d’un virement instantané après un achat par carte bancaire.

“L’ambition n’est pas de se contenter des changements de carte bancaire, mais de couvrir toutes les situations d’utilisation, du paiement local au e-commerce, en passant par le cash et le retrait P2P «Résumez un gestionnaire de paiement d’une grande banque.

Opérationnel en 2022

Une structure temporaire, située à Bruxelles, a pour mission de définir la gestion de ce nouveau “schéma” européen dans un délai de neuf mois et de concevoir tous les éléments de l’infrastructure et les schémas de migration informatique.

Le traitement des premiers flux sur le nouveau système devrait avoir lieu début 2022. D’ici là, les initiateurs du projet espèrent accueillir de nouvelles banques européennes, ainsi que des partenaires industriels.

Le calendrier est ambitieux. Les besoins des banques et des systèmes nationaux de paiement électronique sont loin d’être alignés. Et certaines banques, notamment allemandes ou italiennes, hésitent encore, souvent pour des raisons spécifiques à leur marché. ” L’initiative européenne de paiement devra s’attaquer à la fragmentation des paiements de détail européens et englober tous les pays de la zone euro et éventuellement l’ensemble de l’Union européenne “A averti Fabio Panetta, membre du directoire de la BCE.

Les participants devront principalement convenir des investissements prévus, du montant “En milliards d’euros”selon le responsable des paiements d’une grande banque française. Signe des difficultés: il y avait vingt banques au début du projet et elles ne sont que seize.

Question de souveraineté

Les initiateurs évaluent le contexte favorable. Tout d’abord, la politique d’extraterritorialité américaine a conduit à une prise de conscience de la dépendance du secteur financier européen vis-à-vis des infrastructures étrangères. Deuxièmement, le désir de Facebook de créer sa propre monnaie a été perçu comme une menace. La Commission européenne, mais aussi de nombreux États européens ont placé la souveraineté européenne au premier plan de leurs préoccupations.