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Entreprises françaises en Afrique et Covid-19: « Allez vite et assurez la sécurité »

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Alors que 2020 serait l’année de l’Afrique en France, la crise de Covid-19 a tout remis en cause. Première plomberie, celle-ci, économiquement, n’a pas eu beaucoup d’influence sur les entreprises françaises présentes sur le sol africain. Les réalités socio-économiques et les problèmes géopolitiques mis en évidence par cette crise sont autant de défis à relever dans un monde qui sape le libre-échange, la mondialisation et la mondialisation depuis la fin des années 90. Alors que l’Europe et l’Afrique continuent de travailler pour une coopération et des échanges géo-économiques plus efficaces, les entreprises françaises doivent innover dans leur approche et leur analyse des mondes africains pour exister sur un continent où la guerre sera économiquement plus brutale qu’elle ne l’est. est considérée comme la « dernière frontière ». En d’autres termes, toutes les énergies doivent maintenant être mobilisées.

Dans cette logique, la note de l’Institut Montaigne publiée sous le titre « Les entreprises françaises en Afrique face à la crise de Covid-19 » se veut un outil d’alerte, une boussole et un conseiller. En mettant en évidence les problèmes à résoudre tant dans l’urgence de la gestion de crise que dans la relance des économies, la note propose dix recommandations qui permettront aux entreprises françaises d’émerger par le haut. Jean-Michel Huet, associé chez BearingPoint, président du groupe de travail qui l’a co-créé avec Stan, a répondu aux questions de Point Afrique.

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Le Point Afrique: Comment les entreprises françaises ayant des intérêts en Afrique ont-elles vécu cette crise sanitaire?

Jean-Michel Huet: Comme partout, la crise a frappé l’économie. Si l’Afrique a jusqu’à présent été épargnée plus que les autres continents, la plupart des pays ont pris des mesures pour ralentir les échanges (fermetures de frontières, couvre-feux et plus rarement incarcération) adaptés au contexte des économies informelles. Les pays ont également été touchés par les effets de la crise sur d’autres continents en raison de l’effondrement du tourisme, des transferts internationaux d’argent, en particulier de la diaspora, et de la forte baisse de nombreux produits de base.

Le plus grand risque pour Jean-Michel Huet est de rater la reprise de l’activité.
© DR

Les entreprises françaises présentes sur le continent sont également affectées par les défis les plus pressants de cette crise. En particulier, de nombreuses moyennes entreprises sont confrontées à des problèmes de sécurité et de production immédiats. Ce que nous soulignons dans la note « Les entreprises françaises en Afrique face à la crise de Covid-19 », publiée par l’Institut Montaigne en collaboration avec Stan, c’est que pour elles, d’une part, la gestion de l’urgence, car la crise a des conséquences à court et très court terme que nous ne pouvons ignorer si nous voulons qu’ils continuent à exister là-bas. En revanche, si les mesures restrictives sont assouplies progressivement, la question de la reprise économique est essentielle. La crise a radicalement révisé les priorités économiques des consommateurs, des travailleurs, des gouvernements et des institutions financières internationales.

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Se sentaient-ils suffisamment soutenus par les ambassades, consulats et mécanismes offerts dans une crise grave?

Oui, le soutien des ambassades a été apprécié, notamment en ce qui concerne l’embauche de travailleurs au début de la crise. A noter cependant que les expatriés français n’ont généralement pas eu le réflexe de partir. Alors que des prestataires tiers et des familles sont rapidement revenus en France et en Europe, de nombreux expatriés ont choisi d’y rester, principalement parce que le risque de contracter le virus était considéré comme plus faible. Ce n’était pas le cas des expatriés de nationalité différente. Au départ, le rapatriement des touristes au début de la crise était également bien guidé par le quai d’Orsay, il ne faut pas l’oublier.

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L’action des ambassades est également attendue par la suite. Prenons deux exemples: l’un défensif, l’autre offensif. D’une part, les ambassades devront soutenir les entreprises françaises basées en Afrique pour les protéger d’une politique fiscale de confiscation, risque que craignent de nombreuses entreprises du secteur formel. En revanche, les ambassades devraient être offensivement encouragées à encourager les investissements, notamment en français, dans les industries locales pour la production de masques, gants, visières et vestes qui pourraient bénéficier aux entreprises locales … ou même envisager plus largement de faire de l’Afrique un espace supplémentaire pour la production de ce matériau, ce qui pourrait diversifier l’approvisionnement des pays européens.

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Quels sont les principaux risques que vous avez identifiés pour eux aujourd’hui?

Avec les vingt entreprises mobilisées pour développer le mémorandum de l’Institut Montaigne, nous sommes arrivés à la conclusion que le principal risque est que la reprise de l’activité soit ratée: il faut agir vite et garantir la sécurité.

L’augmentation attendue du nombre de voyageurs d’affaires en Afrique reflète la volonté des entreprises de reprendre rapidement leurs relations avec le continent. Le maintien du personnel sur place démontre également que ces entreprises anticipent la reprise des opérations dans les meilleurs délais. Cependant, les questions de santé et de sécurité doivent rester une priorité, y compris en vue du rétablissement.

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Si le commerce a été fortement affecté par la crise, il est essentiel de soutenir les entreprises exportatrices en accompagnant le redémarrage des entreprises – par exemple, via les solutions Business France ou Team France Export lancées en 2019. À moyen terme, il existe un risque que les fonds européens donnent la priorité à leur financement en faveur de grands groupes au détriment des PME et des ETI. Il est cependant dans l’intérêt des économies française et africaine de soutenir leur capacité d’exportation. L’action passée de Bpifrance a déjà favorisé ce dynamisme croisé à travers le Fonds franco-africain lancé en 2017. L’action de l’AFD et des autres instruments à la disposition de l’industrie française (Bpifrance, Proparco) doit donc s’inscrire dans ces objectifs, sous réserve d’une meilleure coordination des différents opérateurs, que l’Élysée et le Trésor ont les moyens de mobiliser.

Le plus grand risque holistique serait le retrait de la France et de l’Europe. La France et l’Europe devraient envisager de privilégier les relations avec leurs voisins africains, relais de croissance importants pour de nombreuses entreprises. Il est généralement essentiel de porter nos relations avec le continent africain à un autre niveau, notamment par le biais d’échanges culturels et académiques (car de plus en plus d’étudiants africains sont attirés vers d’autres destinations, comme le Canada) et économiquement.

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L’un des défis des entreprises françaises après Covid-19 est de réussir à s’intégrer, tout en conservant leur position actuelle, dans des chaînes de valeur locales qui prendraient racine.
© FADEL SENNA / AFP

L’une des leçons tirées de cette crise est que, pour être plus en sécurité, les entreprises d’une zone donnée doivent intégrer autant de chaînes de valeur locales que possible et être aussi inclusives que possible. Où sont liées les entreprises françaises dans les zones africaines?

Oui tu as absolument raison. Il s’agit là d’un problème majeur qui nécessite certes un fort développement local (et en particulier du tissu industriel), mais aussi de favoriser davantage l’accès de l’Afrique aux importations en permettant aux entreprises africaines d’accéder plus facilement au marché européen. Un grand nombre d’entreprises pourraient bénéficier de cet élément de reprise. De plus, des incitations de part et d’autre pourraient permettre de déplacer les activités de certaines entreprises aujourd’hui en Asie vers l’Afrique. Cela pourrait même permettre de répondre au défi de la nécessaire diversification des économies africaines, dont la dépendance excessive aux matières premières s’avère aujourd’hui plus dommageable que jamais en favorisant les zones de diversification (bois au Gabon, automobile au Maroc) . Cependant, ce mouvement est entravé par le fait que les zones franches africaines sont encore incompatibles avec celles des pays asiatiques, notamment en termes de main-d’œuvre, ce qui implique des efforts à plus long terme pour les Etats.

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La question des masques, des manteaux et des médicaments, dont l’Europe se rend compte qu’elle dépend de la Chine, fait également partie de cette logique. Entre tout en Chine et tout ce qui se déplace vers l’Europe – deux scénarios non durables – un scénario possible pourrait être une diversification de la production entre l’Asie, l’Afrique et l’Europe. Les Européens en bénéficieraient en termes de sécurité d’approvisionnement et cela pourrait offrir à l’Afrique une nouvelle voie d’industrialisation qui a échoué pendant 40 ans.

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Quels sont les leviers que le gouvernement français et les investisseurs et chefs d’entreprise en France peuvent utiliser pour mieux protéger leurs entreprises?

Les financements proposés par la France devraient cibler principalement les entreprises françaises, européennes ou africaines. Cependant, la Banque européenne d’investissement (BEI) et l’AFD ont des positions différentes à cet égard: la BEI est clairement en faveur des entreprises européennes. Dans le cas de l’AFD, prenant en compte la politique RSE et la lutte contre le blanchiment d’argent, notamment comme critère lors de l’évaluation des entreprises à financer, elle permet d’améliorer les efforts des entreprises européennes et françaises dans ces domaines reconnaître. . D’autres institutions financières internationales ont promis un financement à l’Afrique dans le cadre de la lutte contre Covid-19. Ainsi, la Banque mondiale a mobilisé des financements d’urgence exceptionnels dans 39 pays africains, notamment en soutenant les entreprises Programme de financement du commerce international de la Société financière internationale (54 000 transactions garanties pour 60 milliards de dollars). Ainsi, une question clé pour les entreprises françaises est de savoir si et comment se positionner sur ces projets financés, sachant que le financement à moyen terme sera incontestablement orienté vers les infrastructures. Pour mettre en œuvre les solutions dans les délais fixés par l’épidémie, une simplification administrative est également nécessaire, tant du côté français et européen que du côté africain.

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Étant donné le contexte spécifique créé par la crise de Covid-19, la question de l’assurance des entreprises est essentielle. Comment cela peut-il s’organiser concrètement, à différents stades de projets ou après la création d’entreprises, pour réduire les pressions de risque, réelles ou supposées, associées à l’Afrique?

Il serait donc utile que certains acteurs du marché fournissent des garanties financières pour assurer le fonctionnement de leurs clients. Ainsi, alors qu’un grand nombre de sociétés privées attendent de pouvoir réinvestir, il est indispensable de « désillusionner », si vous me permettez ce néologisme, des investissements, par exemple sous la forme d’une garantie post-crise exceptionnelle pour des projets déjà matures. À mesure que les financements publics affluent, il est nécessaire de hiérarchiser les garanties pour encourager l’investissement privé. Cette orientation est, par exemple, celle de l’Allemagne, qui a récemment soutenu une initiative de garantie dans le secteur de l’énergie. Dans cette perspective, il semble pertinent d’étendre les mécanismes existants de Bpifrance et d’autres organisations, en tenant compte de la possibilité pour ces financements externes (Banque mondiale, BEI, AFD) de passer par des organisations internes aux États, voire des banques centrales. En plus des investisseurs historiques impliqués dans ces garanties, un soutien spécial devrait également être offert aux investisseurs novices pour les encourager.

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Les intérêts des entreprises sont rarement les mêmes que ceux des États, en particulier en Afrique, où le secteur informel est largement dominant. Que recommandez-vous pour soutenir la gouvernance administrative et fiscale des pays africains afin d’éviter des distorsions excessives du marché?

Il y a une vraie question de gouvernance économique. Prenons un exemple. Le trafic de drogues illicites est très élevé en Afrique, avec environ 30% des médicaments contrefaits, soit trois fois la moyenne mondiale. Il est donc essentiel de garantir l’égalité de traitement des populations dans l’accès aux vaccins et aux traitements contre Covid-19. Par conséquent, à l’heure actuelle, le risque que le transport de médicaments et de vaccins soit accidentellement exclu au profit d’organisations criminelles ne peut être exclu si le faux lui-même n’est pas échangé. Un transfert ponctuel et exceptionnel de savoir-faire français dans le domaine de la gestion des systèmes de santé et de la santé publique serait donc d’une grande valeur en contribuant à la résilience des États au moins à très court terme.

Cependant, le soutien à la gouvernance et la diffusion des bonnes pratiques devraient également être étendus à d’autres domaines afin d’avoir un impact réel et permettre la reprise. Cela peut donc également être le cas en matière administrative, de contrôle aux frontières ou en matière douanière.

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La santé, le numérique, les énergies renouvelables, l’éducation et la formation, l’agro-industrie et l’eau sont parmi les secteurs où le besoin de réalisation de l’Afrique est énorme. Sur quels atouts les entreprises françaises peuvent-elles s’appuyer pour faire la différence avec leurs concurrents européens, mais aussi avec la Chine et l’Inde?

Tout d’abord, vous avez raison lorsque vous considérez que les besoins ne concernent pas seulement la santé, mais aussi d’autres domaines. Un hôpital ou un respirateur sans électricité est de peu d’utilité. Les sujets autour du digital, Outils »(Électricité, eau), l’agriculture et l’éducation sont au cœur des défis immédiats de l’Afrique depuis des décennies. La France a l’extraordinaire avantage d’avoir des champions internationaux dans tous ces domaines numériques (Orange, Atos, Ingénico, Thalès …), Outils (Engie, Veolia, Suez, EDF, Schneider Electric), mais aussi l’enseignement (grandes écoles, universités et groupes privés) ou la chaîne de valeur agricole. Mais ces grands groupes ne doivent pas tomber dans le parti pris « français » classique de partir seuls et d’oublier les secteurs français (ETI, PME, mais aussi les start-ups) et les partenaires africains locaux … C’est la plus grosse erreur à éviter .

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L’importance et le montant des financements européens ne peuvent plus être démontrés. Comment éviter une certaine cacophonie entre l’Union européenne et la France à l’heure où la rationalisation des ressources et des objectifs est nécessaire pour réussir la reprise économique?

Le groupe de travail de l’Institut Montaigne que j’ai été autorisé à présider a fait une proposition très concrète: la création d’un poste spécifique pour les relations avec le continent africain au sein de la Commission européenne permettrait de prioriser les relations avec l’Afrique. Nous pourrions également offrir la réciprocité à nos partenaires africains: un commissaire pour l’Europe au sein de la Commission de l’Union africaine. En ce qui concerne le commerce, cela devrait s’accompagner de la création d’un réseau de chambres de commerce européennes dans les pays du continent, comme proposé dans le précédent rapport de l’Institut de juin 2019, Europe-Afrique: partenaires spécifiques.

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