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Le virtuel, un outil pour déplacer «le mammouth»

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Chloé, quatre ans, est prête pour sa vidéoconférence Zoom, l’entretien d’évaluation avec sa maîtresse qui, à 800 kilomètres de là, déterminerait son entrée à la maternelle. Sur sa table, d’un côté de l’écran, ses crayons, de l’autre, sa couette, en cas de panique. Tout s’est très bien passé. Alors que les enseignants qui continuaient de défiler les canaux de la désinformation, comme cette vieille annonce Renault continuait de l’expliquer, «ça ne marchera jamais», il semble que leurs collègues aient franchi le «mammouth» une étape décisive. En envoyant quotidiennement des exercices aux 12 millions d’élèves, confrontés aux accidents du CNED, et en trouvant des solutions pour 600 000 enfants sans matériel informatique. « L’image de l’enseignant de routine, attachée à son statut, résistante à tout changement, tout cela avait été anéantie en quelques semaines », souligne le sociologue François Dubet, certainement optimiste, pour « Challenges » qui estime que «  le virus aura fait ce que ni les gouvernements ni les syndicats n’ont pu réaliser ou empêcher « L’air de l’école l’entend.

Depuis le bon vieux temps du plan informatique pour quiconque a vu des ordinateurs Thomson MO5 ou TO7 envahir les armoires scolaires dans les années 1980 et y est resté, l’eau a coulé sous le pont sans que le bateau ne bouge réellement.

Numérique défavorisé

Bis repetita. Le plan numérique de l’école néerlandaise de cinq ans a principalement permis d’acheter des tablettes obsolètes. Pour la Cour des comptes, ce n’était que de l’argent gaspillé par l’État et les collectivités locales. Les 2 milliards ainsi dépensés auraient pu être mieux utilisés pour la formation des enseignants et pour la révision pédagogique. La plupart des jeunes ont un smartphone dans leur poche, cela suffirait à aider le petit bord du numérique défavorisé: «  L’équipement actuel des jeunes rend discutable la répartition systématique de l’équipement individuel parmi les fonds publics La Cour dit.

En résumé, la France s’est épuisée dans une politique de Gribouille, sept réformes numériques depuis 2012, en achetant du matériel qui n’a servi à rien ou à peu. En conséquence, lorsque la République a dû se lancer dans le bain numérique dans les 24 heures, c’est plutôt le Gafam qui a pu organiser ses cours virtuels. Les enseignants, les élèves et les parents, bien sûr, ont utilisé des outils fiables qu’ils connaissaient et disposaient pour communiquer: WhatsApp, YouTube, Teams, etc. Nous avons même convoqué Discord a priori pour « discuter entre joueurs ». En cas d’urgence, nous n’avons pas eu beaucoup de temps pour penser au RGPD … Les outils de Google sont déjà utilisés dans la moitié des classes primaires américaines. Jean-Michel Blanquer a dû interdire les visites scolaires dans les Apple Stores. Cachez cette pomme que je ne vois pas.

Les étudiants en retard se rétablissent

S’il y a un domaine où la souveraineté doit être complète, c’est l’éducation. De plus, le numérique est une ressource éducative à ne pas négliger dans un pays qui laisse 100 000 décrocheurs en bordure de route chaque année. La sixième puissance mondiale est la 23e de l’enquête de l’OCDE à Pise. C’est gênant et ça agace surtout Marie-Christine Levet qui martèle ces figures. Elle a fondé Educapital, le premier fonds européen entièrement dédié aux « edtechs », qui, après les technologies alimentaires, les fintechs et autres, transforment leurs industries avec la technologie. Pourquoi sans outils qui, en individualisant la progression de leurs acquis, peuvent restaurer les élèves en retard et encourager les autres? L’éducation numérique est une véritable transformation, «Il ne fait pas seulement la même chose à distance «Souligne Rémy Challe, le directeur d’EdTech France, qui regroupe près de 300 edtech tricolores.

Les plus développés de France se sont engagés à éduquer les adultes ou les étudiants, pas les écoliers. Cependant, l’école coupe la part du lion ailleurs. Les ventes au Royaume-Uni sont dix fois plus élevées qu’en France. En 2018, la Chine a investi plus de 2,2 milliards de dollars pour 15 millions de dollars en France. Sur les 18 licornes du monde, huit sont chinoises et huit américaines. Le premier est l’Indien ByJu, qui pour ses 33 millions d’utilisateurs produit principalement des vidéos scientifiques pour les élèves du primaire au secondaire, et vaut 8 milliards de dollars lorsque la France doit se contenter d’un « bouquet de bonsaïs ». Ils offrent certainement une grande diversité: sur la chaîne YouTube, Mathenvideo.fr diffuse des centaines de vidéos destinées aux révisions mathématiques. Les professeurs de français utilisent des logiciels pour la rédaction conjointe. Onzic permet aux lycéens de transformer leurs cours en rap, rendant l’apprentissage «plus rapide et plus cool». Kartable propose des milliers d’exercices corrigés dans onze sujets de la sixième à la douzième année sur les smartphones, etc. Leur point commun est malheureusement une taille modeste. Parfois, leur talent est reconnu … ailleurs.

Méfiance envers la technologie

Lalilo est né en 2016 du constat que 20% des enfants français – les deux tiers des Américains – quittent l’école primaire avec de faibles capacités de lecture. Il enseigne aux enfants à leur rythme et selon leurs besoins (parent allophone, dyslexie, etc.) grâce à l’intelligence artificielle. Au cours de ses trois premières années, il a réalisé 100% de ses ventes aux États-Unis. Marbotic combine les avantages des jouets en bois et du touchpad, réalise 98% du chiffre d’affaires aux Pays-Bas, y équipe 60% des écoles primaires : « L’excellence tricolore profite trop rarement aux enfants français Regrette Rémy Challe. En France, il y a de grands succès en edtech comme celui d’Openclassroom ou de Digischool, mais c’est le cœur de la pédagogie scolaire où il s’agit de pénétration, et le marché est donc presque fermé Lilliputter. Piégé par des barrières « françaises »: méfiance envers la technologie, le secteur privé, les procédures d’achat judiciaire … Le rapport « Préserver notre souveraineté éducative » est constructif. Avec un budget de 150 milliards, le ministère de l’Éducation ne dépense que 10 millions d’euros en matériel d’apprentissage numérique, soit 1 euro par élève et par an, contre 40 millions de photocopies. Pendant ce temps, les centaines de millions investis dans l’intelligence artificielle par les géants américains et chinois de l’éducation constituent une sérieuse « menace de dommages vassaux » pour reprendre l’expression de Marie-Christine Levet. Nous devons réagir avant de ne plus pouvoir leur résister. Rémy Challe espère que la détention « a rompu la méfiance à l’égard de l’écran, du numérique en général ». C’est au tour du mammouth de se déconfiner.