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La Chine fabrique de la fibre de verre « made in France »

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La vague dont les fabricants français de fibre de verre avaient si peur a finalement éclaté: celle des câbles produits en Asie, souvent moins chers – jusqu’à 20% moins chers. Moins d’un an après avoir mis en garde contre l’augmentation des importations de fibres « made in China », le syndicat des câblodistributeurs tricolores Sycabel a de nouveau publié mardi des chiffres éloquents dans son bilan annuel.

Tout va bien à distance. 2019 a été une année record. Le plan France Très Haut Débit, qui vise à connecter 80% des 40 millions de foyers français à la fibre optique d’ici 2022, bat son plein. Les livraisons de matériaux en ont profité. 21,8 millions de kilomètres de fibre ont été livrés aux opérateurs télécoms et aux différents intégrateurs qui travaillent sur le « plus grand chantier de France ». Soit une augmentation de 14% par rapport à 2018.

Un piège « soudain historique »

En revanche, l’activité des constructeurs français, qui a poursuivi sa croissance de 30% en 2018, s’est fortement ralentie. Après un premier semestre très dynamique, les livraisons se sont effondrées au cours des six derniers mois de l’année. Au troisième trimestre, puis au quatrième, les volumes ont baissé successivement de 20%.  » Une chute historique soudaine Écrit le Sycabel. Il s’agit en effet de la plus forte baisse depuis fin 2011.

Certes, depuis mars, la demande de fibre a diminué suite à la crise de Covid-19, mettant les sites en attente. Mais avant cela, ce sont surtout les importations asiatiques qui ont mis les producteurs français en difficulté.

 » En 2019, nous avons atteint des niveaux d’importation équivalant à 45% de notre marché, s’alarme Jacques de Heere, le patron d’Acome et vice-président de Sycabel. Notre industrie a investi massivement ces dernières années, construit des usines et créé plus de 750 emplois. Aujourd’hui, nos outils industriels sont sous-utilisés, de l’ordre de 30%. Notre niveau de production a reculé de trois ans. Nous ne sommes pas encore au stade du plombier polonais, mais presque « 

Action antidumping

Les industriels français exhortent les autorités locales à reconsidérer leur politique d’achat de fibre optique. Ce sont eux qui organisent le déploiement de la fibre optique à la campagne – plus de 40% des immeubles résidentiels et professionnels.

Mais à en croire le Sycabel, ils ne sont pas aussi vigilants que les grands opérateurs privés (Orange et SFR) dans le choix de fournisseurs respectant les règles environnementales et sociales françaises et conformes aux spécifications techniques définies par le régulateur. En fin de compte, le risque consiste donc en une fibre à deux vitesses, craint le syndicat.

Les industriels français n’ont pas pris la route de Bruxelles pour séduire les décideurs publics pour leur cause. Des mesures antidumping ont été imposées aux producteurs chinois de fibre de verre. Selon Sycabel, l’enquête a commencé, mais aucun résultat n’est attendu avant la fin de l’année.

Options d’exportation

Sycabel espère introduire des taxes aux frontières de l’Union européenne pour rétablir la situation concurrentielle. Tant sur le marché français que dans d’autres pays européens (Allemagne, Royaume-Uni, Italie…) où les implémentations de la fibre optique ne font que commencer.

Ces futurs projets brillent aux yeux des industriels français, qui souhaitent trouver des débouchés pour leurs fibres optiques après le plan THD de la France. Mais la surcapacité structurelle de la Chine rend cet avenir incertain.

L’explosion de la 5G en Chine devrait certainement détourner les fabricants chinois vers le marché intérieur, les mâts 5G doivent être fibrés pour fonctionner. Mais alors, les producteurs asiatiques en Europe peuvent prospecter. Et puis pour le secteur tricolore: au revoir veaux, vaches, cochons, usines, métiers …