Pour le retour d’une école républicaine

Valeurs actuelles. Pendant l’incarcération, les enseignants (des écoles, des collèges et des lycées) ont été invités à enseigner à distance. Comment ça s’est passé concrètement? Etait-ce possible?
Fatiha Agag-Boudjahlat. N’oubliez pas que le jeudi 12 mars, le ministre Blanquer avait exclu la possibilité de fermer les écoles. Le soir même, le président Macron décide de la fermer. Le lendemain, nous avons dû imaginer comment nous pourrions maintenir le lien et dispenser des cours d’urgence car nous sommes un service public essentiel. Mais avons-nous été moins efficaces que d’autres services publics? ou ces régies régionales de la santé? Certainement pas.

Étonnamment, il y avait un pendule avant de trouver un équilibre. Pour diverses raisons, les enseignants ont d’abord battu les élèves sans emploi, par culpabilité, par conscience professionnelle, par obéissance. Nous faisons un travail de terrain, le levier d’efficacité de notre travail est le feedback: nous essayons, ça marche, nous continuons, ça ne marche pas, nous diagnostiquons nos pratiques et les adaptons pour les améliorer. .

En tant que professeur principal en troisième année avec une orientation élevée, j’ai souvent appelé les parents et les enfants. D’abord pour démarrer la machine, pour maintenir la bande, pour suivre les familles, pour prendre des nouvelles sur les enfants. Le transfert continu de connaissances est devenu une priorité “Se soucier” à partir du moment où l’inclusion est déterminée dans le temps. Des collègues ont mis en place des cours virtuels audio ou vidéo (avec un grand frère qui en a profité pour se montrer nu à un professeur …), les professeurs ont essayé de combiner toutes les innovations technologiques et numériques. Ce qui devait être assez difficile à suivre pour les familles.

La distance accroît les inégalités sociales.

L’offre est assez médiocre du côté de l’éducation nationale, les entreprises privées ont profité de cet accident national, d’Apple aux petites start-ups. Ces entreprises cherchent désormais à transformer le test pour installer, dans le temps, la normalité et même en pédagogie sonore, ces outils de télétravail. La galerie avait estimé que le marché mondial des écoles était plus rentable que celui du pétrole! Mais l’enseignement à distance n’existe pas. Pas plus que l’apprentissage à distance.

Nous, les enseignants, avons une valeur ajoutée aussi proche que possible des élèves en notre présence physique. La réactivité et l’efficacité font partie du face à face. Nous ne sommes pas des usines. Ou, et c’est le rêve de gestion des hauts fonctionnaires, des opérateurs d’écran. Cependant, les rectorats partagent à titre d’exemples et de modèles de vidéos sur l’innovation durable de la part d’enseignants enseignant 10 étudiants en face à face et 20 écrans intermédiaires. Pourquoi s’arrêter à 20 ans? Pourquoi ne pas fermer les collèges dans les zones rurales et tout faire à distance? Quelle source d’économies sous le triste prétexte de l’innovation!

La distance accroît les inégalités sociales. Entre les élèves qui ont un ordinateur avec des équipements tels qu’une imprimante, une chambre et les autres. Entre ceux qui disposent de ce capital précieux et socialement séparé qu’est l’autonomie, et ceux qui ne travaillent que sous la contrainte ou sous étroite surveillance. La mairie de Haute-Garonne et le réseau intelligent qu’est la ville éducative, initiés par Vincent Léna, ont permis de distribuer de nouvelles tablettes numériques Apple. Ce n’était donc pas tant une pénurie d’équipement que c’était le plus difficile à résoudre.

Le fort éducatif est imprenable, le corporatisme est trop fort.

Les programmes technologiques ont changé, les étudiants apprennent la domotique, mais pas le traitement de texte, ni envoyer une pièce jointe dans un e-mail, ni nommer et organiser les fichiers. Tout est dématérialisé. La demande de bourse, le soutien à la cantine, le transport. De nombreux parents et encore plus d’enfants sont dans une situation électronique. Ils savent comment chercher sur Google, mais n’ont pas appris car ils n’ont pas besoin d’enregistrer un document au format PDF. Des emplois ont été envoyés aux familles sans ordinateur ni imprimante. Mais le bureau de poste a échoué, ils ont donc été mis à la disposition des parents à l’université.

Nous parlons d’une prime pouvant aller jusqu’à 1 000 euros pour les enseignants mobilisés crise. Qui est-ce et comment les nouvelles ont-elles été reçues par les enseignants?
Tout d’abord, il convient de rappeler que nous, les enseignants, n’avons pas eu à regretter le chômage partiel ou le chômage, nous avons été payés normalement tout au long de la période. Rappelez-vous également qu’il est normal de récompenser principalement ceux qui ont été exposés, les fameuses “premières règles”, et en particulier le personnel soignant. Des enseignants qui devaient également enseigner en face à face avec leurs enfants. Mais il ne sert à rien de généraliser les primes. Il ne fait que parler et il va dans le sens des syndicats, poussant à l’égalitarisme, responsable de cette course vers le bas qui ronge à tous les niveaux au niveau national.

Ce qui signifie ?
En diffusant cet état d’esprit, on se retrouve avec des chefs d’établissement qui ne deviennent que parce qu’ils doivent être promus, ils sont mal formés et peu motivés. Encore plus haut sur l’échelle avec des enseignants qui n’ont pas vu d’élèves depuis vingt ans, les licenciements totaux ne devraient pas exister. Pour être promu, vous ne devez jamais cesser de traiter avec les étudiants. Le ministère Blanquer entre en collision frontale avec ce mur de Jéricho: le fort éducatif est imprenable, le corporatisme trop fort.

Quelle est la valeur d’une promotion obtenue sur la base de ce qu’ils appellent “l’innovation” si elle consiste à inventer échapper aux jeux ou suggérer de le lire Journal par Anne Frank, vue comme une “Célèbre limité”, comme cela s’est passé à l’académie de Rennes pendant la période d’incarcération? En termes d’activités “Amusant et pertinent”, les professeurs admettent à l’époque, admettent qu’on peut faire mieux …

Nous avons vu des femmes voilées qui avaient besoin de la même éducation pour leurs enfants que pour tout citoyen français.

Pendant ce temps, les parents d’élèves de l’école primaire de Buffon, un établissement Rep + dans le quartier populaire Lafourguette de Toulouse, estiment que les enseignants donnent peu ou pas de cours. Qu’ils fassent leurs courses pendant les heures de classe, que leurs enfants ne savent pas lire. Un signal assez réconfortant, nous avons vu des femmes voilées exiger la même éducation pour leurs enfants que pour tout citoyen français.

Quelles conclusions tirez-vous de cette expérience mise en œuvre dans le programme «Learning Nation»?
C’est une étiquette. Et il n’y a rien de plus caractéristique de l’éducation nationale que l’inflation sémantique et l’innovation, car payer les mots coûte moins cher que de payer les enseignants. Arte n’a rien changé à ses programmes. Mais le logo “Learning Nation” a tout changé! Pour être sérieux, je dirais que nous avons fait de notre mieux. Et pas pire qu’ailleurs, et le public plutôt que le privé. Il faut garder; au niveau d’une carrière scolaire à partir du minimum légal de 16 ans, deux ou trois mois ne représentent pas grand-chose.

Pensez-vous que l’éducation nationale avait la capacité d’offrir quelque chose de différent?
Nous avons dépensé 400 millions de dollars pour un programme informatique qui n’a jamais fonctionné. Il y a toujours de l’argent pour les écrans, pour les projets Potemkin qui sont utilisés pour faire de l’innovation pour l’innovation, mais dont l’efficacité n’est jamais mesurée pour les étudiants. Il y a toujours de l’argent pour l’armée mexicaine des rectorats, tous ces chefs de projets et cadres dont les licenciements n’ont même pas été remarqués par les enseignants. La graisse du “mammouth” est présente. Les étudiants n’ont plus besoin d’innovation, d’écrans, d’applications ou échapper aux jeuxmais pour travailler. Lire, écrire, se souvenir. La moitié de ma sixième est difficile à déchiffrer!

Les écoles sont fermées. Pas notre travail. Comme d’habitude, nous nous concentrons sur les accusations imprudentes de journalistes des poujadistes de droite et même d’un soi-disant Joffrin de gauche. Nous étions payés, nous devions aller travailler. Et lorsque nous ne sommes pas en classe, nous sommes donc en vacances et disponibles pour cueillir des fraises. Vieille mentalité torride dont on ne sort pas en France. Jean-Louis Missika en a parlé “Politisation négative”. Nous ne cherchons pas de progrès pour chacun, nous nous efforçons pour que l’autre ne vive pas mieux que nous. Alors les professeurs sont chez eux … Les professeurs sont d’anciens bons élèves qui se caractérisent toujours plus par un zèle poussé que par de la paresse ou de la rébellion.

Pendant ce temps, les concours et les examens sont annulés pour les bons et les mauvais élèves …
Ironiquement, cela résonne avec le projet de Pierre Mathiot, directeur de l’IEP de Lille. Étant donné que les tests de connaissances générales sont “stigmatisants”, tout le monde dans le fichier doit être sélectionné. Ainsi, une distinction est faite pour la classe ouvrière et la course vers le bas devient plus intense. Un étudiant qui parle mieux qu’écrire n’aura pas l’occasion de le prouver en bac français cette année. Blanquer était telle que cette réunion orale a eu lieu, les syndicats se sont opposés … Dans notre établissement, nous avons tout prévu, masques, visières pour être impeccables au niveau sanitaire. Le Rectorat de Toulouse nous a demandé de ne rien utiliser pour ne pas attiser la jalousie …

La crise de Covid-19 a révélé les différences entre les établissements, les milieux sociaux et culturels en France. Comment penses-tu?
Oui, il vaut mieux vivre dans une maison avec jardin que dans un T2 à Bobigny ou une chambre de bonne dans les beaux arrondissements parisiens. Oui, c’est mieux s’il y a un ordinateur avec des parents à proximité. Oui, la promiscuité rend le travail plus difficile. Il existe des inégalités sociales visibles et moins visibles. Nous demandons à l’école de les corriger ou de les contourner. C’est insensé. L’unité familiale et l’environnement immédiat déterminent trop le parcours scolaire des enfants: il faut lutter contre les ghettos, changer la doctrine architecturale et urbaine.

Le ministre Blanquer en a parlé “Vacances d’apprentissage”. Pour de nombreux étudiants issus de l’immigration, c’est la première fois qu’ils passent les vacances d’été dans les quartiers. Cependant, les communes de gauche et de droite ont toutes des médiathèques fermées (par exemple à Grenoble), des piscines publiques (Toulouse), ont vendu leurs centres de plein air (Sochaux), un merveilleux dépaysement. Les élus préfèrent les dépenses clientélistes, ponctuelles et communautaires. C’est moins cher, avec un meilleur retour aux élections. Ce sont des choix qui coûteront très cher humains et sociaux.

En raison de cette crise sanitaire, les éducateurs et les coupes budgétaires du ministère peuvent pousser leur agenda idéologique.

L’institution n’a pas échoué. Nous avons beaucoup critiqué injustement notre ministre, notamment qu’il est trop directif et en même temps n’a pas soumis de protocole sur mesure pour chaque école, université ou lycée en France. C’est ridicule. Nous sommes des fonctionnaires et des professionnels du gouvernement. Nous avons l’espace que nous avons peur d’exercer.

Avez-vous de l’espoir pour Jean-Michel Blanquer?
Je soutiens son action, mais je sais qu’il est gêné par les hauts responsables de l’éducation nationale, qui leur semblent irremplaçables. Ils ne suivront jamais le ministre sur la question de la laïcité ou celle de la revendication républicaine à laquelle il est si attaché. En raison de cette crise sanitaire, les éducateurs et les coupes budgétaires du ministère peuvent pousser leur agenda idéologique. Non, les écrans pour écrans ne sont pas une panacée et un excellent élève n’a pas besoin de nous pour réussir. Mais tout le monde le fait. Ils ont besoin d’adultes pour prendre soin d’eux. Et surtout des enseignants politisés au bon sens du terme: non pas dans la protestation permanente de l’attitude, mais dans ce qui permet de déchiffrer les agendas idéologiques libéraux et libertaires derrière les discours et les réformes.

La réforme de l’école primaire du ministre Vallaud-Belkacem doit être terminée d’urgence, ce qui a eu des conséquences désastreuses. Nous avons suffisamment de recul pour mesurer le préjudice causé aux enfants qui sont aggravés par l’institution qui ne sait ni lire, ni écrire, ni compter. Qui ne sait pas se souvenir ou travailler de façon autonome pendant quelques minutes. Et à qui nous mentons par le biais du système de compétence. C’est là que réside la trahison originale de la promesse républicaine.