Pourquoi la Suisse n’était pas prête

Pourquoi de tels manquements? Nos interlocuteurs pointent principalement des raisons économiques. “Il est onéreux de stocker ce matériel”, nous a ainsi confié le directeur de la logistique d’un hôpital.

Plusieurs fins connaisseurs des plans pandémie avancent encore un autre point: une certaine négligence, voire une forme de banalisation du risque pandémique. Selon nos informations, aucune autorité n’a contrôlé à quel niveau ces recommandations, certes non-contraignantes, étaient respectées.

Cette nonchalance étonne. Surtout que les autorités fédérales avaient identifié depuis plusieurs années le risque de voir les canaux d’approvisionnement usuels s’effondrer en cas de crise mondiale.

De simples recommandations étaient-elles réellement suffisantes? Aurait-il fallu obliger les institutions de santé à faire des stocks?

>> Ecouter Forum revenir sur le manque de matériel de protection:

Jean-Christophe Bott – Keystone

Forum –


Publié à 18:02

Une commission fédérale envisageait des stocks obligatoires

Selon des documents que nous avons pu consulter, le sujet a longtemps été sur la table de la Commission fédérale pour la préparation au cas de pandémie (CFP).

Au sein de ce groupe d’experts, une réflexion sur une nouvelle stratégie de gestion des stocks de masques pour les cas de pandémie a été menée. La création de réserves via une répartition des charges entre la Confédération, les cantons et les fournisseurs de ces biens médicaux a été envisagée.

Parmi les opposants à cette idée, on retrouve les fournisseurs. Ces entreprises estimaient en faire assez avec les 160 à 180’000 masques de protection qu’elles stockaient gratuitement depuis 2004 comme unique réserve stratégique fédérale, et ce à la demande de l’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays (OFAE).

Mais les cantons ne se sont pas non plus montrés très emballés: dans un PV de séance de cette Commission fédérale “spéciale pandémie”, ils se plaignent du manque d’espace de stockage, de problème de financement et de l’impossibilité de faire tourner de tels volumes de masques.

“Nous ne sommes pas allés au bout de la réflexion”

Selon plusieurs sources, l’idée la plus controversée était d’imposer aux acteurs du système de santé une ordonnance ou des directives fédérales pour la création de stocks de masques. Elle restera lettre morte, et le principe “léger” des recommandations sera entériné dans le plan pandémie 2018 de l’OFSP.

“Nous ne sommes pas allés au bout de la réflexion”, reconnaît aujourd’hui un ancien participant à ces débats. Mais l’année dernière déjà, la commission avait décidé de relancer ce projet d’introduction de stocks obligatoires à tous les échelons du système de santé. Puis le coronavirus est arrivé, trop vite, trop fort.

André Duvillard, délégué au Réseau national de sécurité, souligne que “la pandémie actuelle nous a révélé notre vulnérabilité” et a montré que “nous devons nous poser un certain nombre de questions sur les réserves que nous devrons faire à l’avenir”.

Selon lui, les recommandations du nouveau plan pandémie, qui datent de 2018, n’ont pas été suivies par tout le monde et la Suisse a abordé la crise actuelle dans un ordre “un peu dispersé”.

>> Ecouter aussi le volet de notre enquête consacré au manque de tests de dépistage dans Forum jeudi soir:

Denis Balibouse – Keystone/Pool Reuters

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Publié à 18:02