Une femme dirige 850 pompiers en Creuse

Stéphanie Duchet a été ingénieur sécurité à la direction générale de France Télécom à Paris pendant deux ans avant de passer le concours du capitaine des pompiers. Elle a travaillé pendant vingt ans en Isère où elle a occupé différents postes, puis quatre ans dans le Cher en tant que directrice adjointe du service incendie et sauvetage. Elle a rejoint la Creuse le 2 juin.

Vous êtes la seule femme en France à diriger un service départemental d’incendie et de secours. Est-il fier d’occuper un tel poste?

Oui bien sûr. Je n’aurais pas pu l’imaginer car ce n’était pas forcément un objectif. C’est plutôt l’intérêt pour les postes qui m’a donné envie de progresser. C’est une fierté de montrer que c’est possible.

Est-il plus difficile pour une femme de progresser dans la hiérarchie au sein des pompiers?

Je pense qu’on demande toujours plus à une femme, qu’elle soit au service d’incendie ou ailleurs, de prouver qu’elle est capable. Mais cela ne m’a pas semblé plus difficile. Je pense que cela a à voir avec le caractère. Peut-être être ouvert à ce que sont les bénévoles, rencontrer des professionnels, ne pas oublier le personnel administratif et technique. Le Sdis est un tout. Vous devez donner du temps aux gens, les écouter, c’est la considération que nous devons accorder. S’il y a un échange, nous avons notre place.

Après cela, vous ne devriez pas hésiter à être un peu spartiate. Ça fait partie du jeu, j’ai fait des randonnées, ça ne me dérangeait pas de dormir dans une tente.

Même si le nombre de femmes parmi les pompiers volontaires augmente, y en a-t-il encore peu parmi les professionnels?

C’est vrai. Mais en Creuse, on a la chance d’avoir une femme chef de centre à Guéret, Soline Rémond, qui est professionnelle, capitaine et lieutenant volontaire à la tête de la caserne de Dontreix, Fabienne Chanudet. C’est bien, ça montre qu’on peut évoluer, c’est possible. De plus en plus de jeunes pompiers arrivent en tant que filles, parfois c’est 50/50 dans les sections. Au niveau du volontariat, un certain nombre intervient. Mais c’est dans les postes supérieurs où il faut guider, pour montrer qu’il est possible que les gens osent s’y rendre.

Il y a encore du travail pour élever les vocations chez les femmes. Peut-être en termes de communication?

Le problème du genre est permanent. Il est bon de montrer à nos filles que c’est possible. Être en charge peut déjà vous donner des idées. Communiquer excessivement sur ce sujet n’est pas toujours bon. Nous devons trouver le bon équilibre. C’est plus en termes de représentativité. Nous pouvons peut-être aussi travailler avec les écoles.

Pouvez-vous effectuer les mêmes tâches avec les pompiers aujourd’hui, que vous soyez un homme ou une femme?

C’est une activité supplémentaire. Les jeunes femmes sont stratégiques, même si elles n’ont pas de physique, elles s’organisent. Et les matériaux ont été ajustés. C’est une histoire de volonté.

Quels sont les grands projets que vous lancerez dans les prochains mois en termes d’organisation, de travail en caserne?

Le but est de se rencontrer d’abord et de faire un inventaire. Le plan départemental de couverture des risques remonte à 2014. Il doit être revu régulièrement à mesure que les risques évoluent en termes d’aide aux populations, de sécheresse. Cela a des conséquences sur l’organisation, l’achat de matériel, la formation.
Je vais poursuivre les projets identifiés par mon prédécesseur liés au Président et au Préfet, par exemple au niveau des structures pour offrir des conditions de travail attractives aux pompiers volontaires. Des travaux sont notamment prévus à La Souterraine.

Quelles sont vos premières impressions sur la Creuse?

Par rapport à la Champagne berrichonne qui est un peu plate ça me change beaucoup géographiquement. Je l’aime bien, je trouve ça côté vallonné. Les gens sont très accueillants en Creuse. On me l’a dit, mais est-ce vrai?! Vous n’avez pas à avoir honte de quoi que ce soit si vous êtes dans un petit département, ou dans un personnel plus petit au niveau d’un Sdis, il y a beaucoup de choses au premier plan. J’approuve une continuité, à l’écoute des gens, à changer les choses, avec mon parcours et mon expérience.

Pompiers: deux femmes à la tête du plus grand et du plus petit centre de secours de Creuse (2019)

Personnel
802 pompiers en Creuse: 52 professionnels et 750 bénévoles.
52 personnels administratifs et techniques à Sdis 23.

Interview de Catherine Perrot