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Quand la technologie numérique aide les religieux

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Le Covid-19 a conduit à reconsidérer les relations professionnelles et sociales, notamment en stimulant la distance physique. Ils ont dû être adaptés aux méthodes proposées par les réseaux numériques et leurs acteurs, notamment lors du confinement, pour compléter ou remplacer les activités menées en parallèle.

Il en va de même pour les religieux qui, jusqu’à récemment, étaient en partie empêchés d’assister aux réunions et célébrations en France. Ces derniers ont même été accusés d’avoir provoqué une propagation virale dans bon nombre d’endroits (notamment la rencontre évangélique de Mulhouse « Les portes ouvertes chrétiennes » en février 2020). Pour assurer la continuité dans cette période de crise et le manque de rencontres, les religions ont eu recours à des appareils numériques, que nous analyserons.

Le numérique religieux n’est pas nouveau

Depuis le début des années 2000, le numérique a eu un impact significatif sur certaines pratiques religieuses en France, soit pour enseigner ou permettre l’étude en ligne (campus religieux), soit pour porter ou partager une prière. La perspective de mettre à disposition des ressources permettant d’intensifier la pratique (et en quelque sorte de faire une « pension en ligne » dans un environnement catholique) a conduit au développement de sites internet dédiés. Le numérique a également permis de partager des sources d’iconographie religieuse. Elle est devenue un vecteur de normativité en permettant d’émettre et de suivre des instructions pour bien agir dans la vie religieuse, par exemple dans l’islam ou le judaïsme, dans la vie quotidienne. Sites Web, blogs et applications, « chaînes » sur YouTube diffusent cette offre religieuse numérique très diversifiée.

Dans l’espace chrétien catholique, les ordres religieux (dominicains, jésuites, carmélites, bénédictins, etc.) ont joué un rôle spécifique avec des offres «spirituelles» en ligne raisonnablement structurées, alimentées par la tradition spirituelle de ces mouvements (comme l’a montré Andrea Catellani pour la tradition jésuite de la prière de l’image), en utilisant des textes mystiques, la Bible ou l’art pour offrir les médiations disponibles. De plus, un contenu mobilisateur d’humour (Le cathologue, Ma femme est pasteure) a été développé pour toucher les jeunes et insérer le message religieux dans un ton ridicule ou insolite du moment et ainsi le mettre à jour par la forme. La « culture web » a donc reçu une communication religieuse.

Utilisation numérique dans la religion

Des chercheurs l’avaient remarqué, comme Isabelle Jonveaux (Dieu en ligneLoin d’être une religion de remplacement, l’offre religieuse en ligne complète les pratiques courantes, qu’ils reconfigurent également. Mais on pourrait craindre le spectre d’une religion qui ne vit qu’en ligne, alors que d’autres ont inventé des religions numériques, ou issues de la culture numérique. De toute évidence, certains groupes religieux ont dû surmonter leur rejet initial ou occasionnel de la technologie numérique ou même des ordinateurs, surtout s’ils étaient assimilés à de mauvaises sources (par exemple, les Témoins de Jéhovah).

L’appropriation générale de tous les médias par les religions (pour diffuser un message, proposer des images et des discours, unifier les pratiques, construire des communautés, prescrire) a conduit à un fort engagement en faveur du numérique. En effet, il était simultanément impliqué dans la valorisation spirituelle, dans l’instruction, dans la croisade morale religieuse (la Manif pour tous). Cela a été fait à la fois par des médias dédiés (sites d’information religieuse, sites d’étude, site communautaire, église et paroisses, etc.) et par l’inclusion dans les médias généralistes, en particulier les médias dits « sociaux », tels que Facebook, Twitter, Instagram ou YouTube.

Ces derniers fournissent un contenu religieux produit par les communautés et les acteurs. Ils permettent aux fidèles de s’exprimer plus ou moins librement, les religieux passant facilement pour un signe d’identité culturelle qui doit être préservé, voire manifeste. Ces mots religieux postés sur les réseaux peuvent passer pour une «rencontre» de l’autre, pour ceux qui n’ont pas encore compris tous les avantages que peuvent en retirer les religieux. Dans le même temps, les acteurs religieux développent des moyens d’apprendre à «  utiliser  » la technologie numérique, à se protéger du «  péché virtuel  », à agir avec miséricorde et à éviter les propos violents, etc., comme le font les médias ou les guides laïcs. comportement numérique issu du développement personnel.

Les traditionalistes en ligne

Cependant, ce sont généralement les acteurs religieux les plus «classiques» ou traditionalistes, ou ceux qui veulent restaurer la religion d’antan, qui ont repris la plupart des appareils numériques. Sous une forme nouvelle, contenu souvent très ancien (nous prions une « neuvaine à saint joseph » sur une application de prière pour smartphone, nous réhabiliterons l’indulgence catholique ou nous lirons un auteur spirituel du XIX)e siècle dans une vidéo de commentaire liturgique publiée sur YouTube …).

Des approches plus réformistes ou contemporaines et réflexives ou critiques sont relativement absentes dans les appareils numériques religieux, ou nettement moins visibles. Ils sont peut-être à la fois plus complexes, mais aussi moins soutenus, moins militants et moins financés. Ces expressions religieuses en ligne plutôt traditionnelles sont l’œuvre d’acteurs militants ou ordinaires. Les programmes et les stratégies sont souvent conçus par des acteurs relativement jeunes en marge des communautés ecclésiales. Ils sont à la frontière entre les «cultures numériques» et leur culture ecclésiastique, comme Heidi Campbell l’a montré, et comme nous le voyons dans nos recherches.

En effet, des spécialistes de la communication religieuse numérique sont apparus dans différents groupes religieux, prenant en charge ce que nous appelons « l’évangélisation numérique » sous la domination chrétienne. Parfois, ils donnent leur expérience de « l’évangélisation sur Internet » dans les livres (Éric Célérier, David Nolent, Jean-Baptiste Maillard …) ou ils proposent des guides en ligne pour l’évangélisation (J.-B. Maillard et ses collaborateurs Lumière dans l’obscurité, Évangélisation sur Internet: mode d’emploi).

Fonctions des religieux en ligne pendant l’incarcération

Pendant la période d’incarcération de Covidian, et en particulier dans les cercles chrétiens et juifs, la période de Pâques et dans l’Islam, le Ramadan, diverses propositions religieuses en ligne sont apparues. Dans un régime catholique chrétien, on peut distinguer deux modes de proposition religieuse en ligne: l’enregistrement visuel avec transmission numérique à distance en direct ou différé, d’une part, la mise à disposition de ressources pour un exercice de culte à distance à la maison, ailleurs.

Docteur en anthropologie Bénédicte Rigou-Chemin, dans un court texte présentant une étude en cours diffusée pendant l’incarcération (Un rapide connecté, PUG, mai 2020), explique bien cette appropriation individuelle des ressources en ligne lors du Carême catholique. Nous avons également vu des forfaits de fête pour préparer Pâques à la maison (comme celui du diocèse de Versailles). Ils nous permettent de renouer avec une imagination chrétienne primitive de la célébration domestique. Ils fournissent à la fois des textes et des conseils pour la création matérielle d’une atmosphère (poussière, bougie) qui favorise la mémoire « spirituelle » de la Passion de Jésus-Christ célébrée lors de cette fête. Cela rappelle comment dans le régime chrétien-catholique le dieu est assigné à une place et à une matérialité, comme l’a montré Gaspard Salatko dans Dieu s’est établi. En même temps, des cultes sont filmés, qui montrent visiblement la distance perçue, sinon la solitude du célébrant.

Contre l’État et le pouvoir politique

Parfois, ces images sont réalisées dans le contexte des défis de politique publique et de la légitimité de la santé pour soutenir un tel culte. C’est, à Saint-André-de-l’Europe à Paris, un prêtre qui continue de se produire pendant que les policiers entrent dans l’église. Il est, en Côte d’Ivoire, un prédicateur qui a été filmé lors de la célébration, et l’enregistrement continue lorsque la police arrive. L’image montre alors l’opposition des religieux à l’ordre bourgeois qui, au moins dans l’exercice de ses fonctions, ne reconnaît pas immédiatement la légitimité du culte dans ces conditions, sinon même du dieu célèbre.

Le culte de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, selon le rite de Saint Pie V à Paris, s’inscrit dans la même logique de résistance spirituelle à laquelle est confronté un État qui refuserait la place du religieux. Entre temps, des cultes discrets sont organisés ça et là, comme à la cathédrale Saint-Gatien de Tours par exemple. Alexis Artaud de la Ferrière, dans ses recherches sur « Religion et laïcité à l’ère du coronavirus » (PUG, mai 2020), souligne que cette dimension du « droit », mais pas absolument, pour la pratique religieuse, est en cause ces mises en œuvre visibilité de la résistance spirituelle.

Est-ce que toute religion vit en ligne?

Il s’agit, en passant sur les appareils numériques, comme le analysent Matthew Robert Anderson et Tim Hutchings, de préserver la possibilité d’adoration et de célébration, d’élargir la pratique communautaire en période de bouleversements sociaux. Cependant, cette présence virtuelle, théorisée par divers théologiens (notamment Antonio Spadaro, dans un environnement catholique) ne remplit pas la fonction de présence et de manifestation de la présence attendue dans la culture chrétienne catholique, orthodoxe et luthérienne, qui célèbre la présence divine (à travers l’Eucharistie, le dernier souper ou l’icône) dans un dispositif matériel (le pain et le vin de l’Eucharistie, l’icône). Ainsi, le cœur de l’expérience religieuse n’est pas virtualisé pour ces mouvements.

Si une partie de la « charité », de la pratique d’entraide fraternelle à laquelle conduit souvent le religieux, ne se fait pas nécessairement en ligne, le matériel d’échange à distance le permet en partie, au moins pour un soutien « moral ». Et symboliquement. Enfin, la vie économique des églises est influencée par cette virtualisation des religieux, ces espaces de rassemblement étant également des espaces de collecte financière, dont l’absence rend les communautés religieuses très dures. C’est pourquoi ils lancent des appels à dons et à un soutien financier, virtuellement ou par courrier.

Religion, virtuel et communication

La vie religieuse peut donc être temporairement soutenue par une vie numérique à laquelle elle n’a pas été complètement réduite. En particulier, les appareils numériques peuvent compenser la baisse du nombre de communautés pilotes spirituelles.

Le service religieux en ligne enregistre à nouveau la religion comme une offre de libre choix (je peux écouter les sermons de mon prédicateur préféré au lieu de ceux de ma paroisse) en ligne. Surtout, elle traduit le fait qu’une communauté de pensées connecte et échange le partage d’une langue (mots, expressions), parfois images, gestes et rites communaux, pour que les figures existent dans une temporalité. et une présence où il ne semble souvent que l’absence (Gaspard Salatko, Jacques Cheyronnaud), pour soutenir la vie, ramener la santé et conjurer la maladie. La religion en soi est un processus de virtualisation et de communication.

* David Douyère est professeur de sciences de l’information et de la communication à l’Université de Tours.