Accueil » News » Les Européens achètent de plus en plus de chasseurs américains – EURACTIV.fr

Les Européens achètent de plus en plus de chasseurs américains – EURACTIV.fr

  • par

Slovaquie, Roumanie et bientôt Bulgarie et Croatie: les avions de chasse américains séduisent toute l’Europe.

Pour les armées européennes, le vol non américain est rare. Seuls six pays n’ont pas équipé leurs combattants d’équipements américains. La Suède et la France ne sont équipées à l’intérieur des terres (Gripen et Rafale respectivement) et l’Allemagne avec des équipements européens (Eurofigther), mais sont faites sur leur fond. Alors que l’Autriche, la République tchèque et la Hongrie se sont équipées, la première en Eurofighter, les deux autres en suédois Gripen.

Matériel fabriqué aux USA ou en fourrure

Plusieurs pays, notamment en Europe du Sud (Espagne, Grèce, Italie) ont choisi de mélanger, en prenant un produit européen (Eurofighter ou Mirage) et un produit américain (F-16 ou / et F-35). Un exemple suivi par le Royaume-Uni. Bien que la Royal Air Force soit un ardent défenseur de la liaison transatlantique, elle équilibre ses achats entre le made in USA (F-35) et le made in Europe (l’Eurofighter rebaptisé Typhoon over the Channel). Un pragmatisme à base très industrielle. Certains de ces avions sont fabriqués dans des usines britanniques.

Les pays d’Europe centrale ou orientale, proches de la Russie, sont plus monogames. À l’exception des trois exceptions mentionnées (Autriche, Hongrie, République tchèque), ils ne sont équipés que d’équipements américains, généralement des F-16 (Lockheed Martin). Il en va de même pour les pays d’Europe du Nord (Norvège, Danemark, Pays-Bas, Belgique), qui sont tous équipés de matériel américain.

La tendance ne s’inverse pas

Il n’y a aucun signe d’un renversement de tendance. Au contraire ! Les derniers pays qui viennent d’être équipés (Belgique, Roumanie, Slovaquie) l’ont fait avec du matériel américain. Et les Bulgares et les Croates se préparent à suivre cette voie. Alors que les Grecs qui devront renouveler leur flotte ne sont pas gênants pour déterminer leur choix, qui sera largement déterminé par le poids économique de l’investissement. Même les Suisses, qui sont actuellement équipés de Boeing F-18, se demandent s’ils reprendront les Américains.

Cette supériorité américaine remet en cause l’industrie européenne et le soupçon d’autonomie stratégique et industrielle du « 27 ».

L’équipement des avions de chasse est en effet un investissement lourd. Le renouvellement n’a lieu que tous les 20 ans pour les achats d’occasion et 40 ans pour les nouveaux achats.

Il suffit de dire que les acquisitions prévues aujourd’hui réduiront encore la capacité de l’industrie européenne à au moins 2060! D’autant plus que l’arrivée de la nouvelle génération d’avions F-35 américains dans la flotte de plusieurs Etats (Belgique, Danemark, Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni) risque de « transférer » les budgets de ces pays. Le futur avion franco-germano-espagnol prévu pour 2035-2040 devrait avoir un marché « bloqué » et le réduire à l’espace des pays de production.

Cette incohérence européenne est préoccupante. Mais au lieu d’accuser les États-Unis d’interventionnisme industriel, les Européens devraient se regarder dans le miroir. L’industrie aéronautique européenne est aujourd’hui divisée en trois constructeurs (Airbus, Dassault, Saab). Cela l’empêche d’avoir un modèle et ainsi de réaliser des économies d’échelle. Il ne dispose pas d’une offre de « second choix », le célèbre F-16 d’occasion, qui permet de l’équiper à moindre coût. Et les pays européens ne peuvent pas offrir une offre complète, politique, économique, académique et opérationnelle comme les Américains. Offre allant de l’accueil des stagiaires dans les écoles militaires aux facilités financières d’équipement, à la présence militaire, parfois permanente, dans le pays, en guise de réassurance politique.

Cependant, l’achat d’un chasseur est une décision stratégique par excellence. Il ne s’agit pas seulement d’acheter un avion avec des options. Nous achetons une « assurance vie » et une protection militaire. Et cela assure à cet allié un « retour » sur les investissements politiques et militaires. Nous avons une culture stratégique et un solide réseau académique. Jusqu’à ce que les Européens puissent offrir l’équivalent, l’avion de chasse, fabriqué aux États-Unis, a un bel avenir devant lui.