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Et si la crise de Covid-19 provoquait la fin de l’argent?

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Craignant de transmettre le virus, de nombreux Français ont laissé des pièces et des billets sans contact. La crise accélère le changement, même si l’argent résiste.

« Pas d’argent », « merci d’avoir choisi la carte » … Pendant la détention au milieu d’une crise sanitaire, de nombreuses personnes ont pu voir ces messages aux caisses de certains magasins. Cependant, refuser des pièces ou des billets est une pratique illégale et est passible d’une amende en vertu du code pénal. C’est également discriminatoire, comme le rappelle le défenseur des droits, qui peut priver l’accès aux produits essentiels.

Mais une chose est sûre: la crise de Covid-19 a déjà entrevu un monde sans liquide, et de nombreuses personnes ont changé leur usage. Pour preuve, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, avait précisé sur Europe 1 en avril dernier que les retraits de billets avaient diminué de près de 40% lors de l’incarcération.

Triomphe du sans contact

« En regardant les raisons de la détention pour transactions, avec la crise de Covid-19, nous avons vu une baisse des retraits, avec cette peur de la contagion. Nous avons eu une diminution des transactions et également une utilisation accrue du commerce en ligne. Elle a augmenté en matière de trésorerie, on ne peut le nier », explique L’Express David Bounie, directeur du département des sciences économiques et sociales de l’école technique Télécom ParisTech, spécialiste des instruments de paiement.

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À l’inverse, le paiement sans contact a été plus que jamais loué. La pandémie a même servi de catalyseur et accéléré les discussions pour porter le plafond à 50 euros. Début mars, l’Organisation mondiale de la santé a également appelé à l’utilisation de ce mode de paiement comme barrière contre la propagation du nouveau coronavirus. Cependant, les banques centrales ont voulu être rassurantes, rappelant que le risque de contagion était faible. Certains pays, comme la Chine et la Corée du Sud, sont même allés jusqu’à désinfecter les billets de banque.

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Mais trop tard: la crainte de l’argent liquide était déjà réglée pour de nombreuses personnes. Parmi les clients de la Banque populaire d’épargne (BPCE), plus de 60% des transactions de moins de 30 euros ont été exécutées sans contact en avril, contre 41% en avril 2019, comme Pierre-Antoine Vacheron, PDG de Natixis Payments au sein du groupe BPCE, dans Le Monde.

La crise comme catalyseur

Selon David Bounie, cette crise n’a fait qu’accélérer les changements déjà en cours: moins de cash dans les transactions … ce qui ne veut pas dire qu’elle va disparaître. « Cela a accéléré les choses, mais pas pour tout le monde, pour certaines populations qui étaient déjà enclines à utiliser les moyens de paiement numériques. » Comme le montrent des études, comme celle d’Ipsos en 2017, les personnes de plus de 65 ans restent fortement attachées à l’argent liquide pour les petits achats.

Malgré une baisse, particulièrement marquée lors de Covid-19, la disparition de l’argent ne serait-elle pas pour demain? C’est également l’avis d’Olivier Babeau, économiste et président de l’Institut Sapiens. « Nous n’y sommes pas encore. Il n’y aura pas de remplacement complet, mais une croix, comme pour les livres numériques et les livres à l’ancienne. Il en sera de même pour l’argent car l’argent, malgré une coupure, résistera beaucoup. »

Le cash reste en effet important, et la fin serait compliquée pour les plus modestes, parfois bannis des banques. C’est précisément pour cette raison que la Suède, souvent citée comme le pays sans espèces, commence à décliner, comme l’explique Le Figaro. « Et dans les villages, le retour du GAB est un argument électoral, il est considéré comme un équipement indispensable », ajoute Olivier Babeau. Cela n’empêche pas les habitudes de changer: « le téléphone devient la véritable alternative à l’argent liquide, comme cela se fait beaucoup en Chine, plus que la carte. Tout le monde a un téléphone, toutes les fonctions de paiement y sont intégrées Des applications comme Lydia sont également largement utilisées ».

Les autorités étatiques et fiscales, gagnantes de l’histoire

Mais qui veut finalement la mort en espèces? « Nous voyons l’importance à long terme de l’État: tout taxer. Parce qu’un des gros arguments, de l’argent d’où vient l’inertie, c’est qu’elle alimente une économie parallèle, le petit travail noir, les petites transactions que les gens ne veulent pas mettre sous le nez de l’Etat », analyse Olivier Babeau. , de quoi assécher l’économie souterraine. Autres gagnants: les banques. « Les distributeurs automatiques de billets ont des coûts, c’est très cher. Chaque fois que de l’argent est retiré, une commission est prélevée pour la création du compte.  »

« La propagande ». Le mot est fort, mais il caractérise ce discours en fin de caisse, a déclaré Jean-Michel Servet, professeur honoraire à l’Institut des hautes études internationales et du développement à Genève. « Il y a un double intérêt à la disparition de l’argent liquide. Il est dans l’intérêt de toutes les sociétés informatiques et bancaires que tout se passe avec les dépôts. Et les autorités monétaires et financières: l’argent liquide est une certaine liberté, mais comment une politique monétaire comme les gens peuvent stocker des billets de banque … Maintenant nous prévoyons des politiques avec une taxe sur les dépôts « , analyse-t-il.

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Le décès en espèces n’a donc pas encore été enregistré. Mais la question pourrait se poser plus tard, a expliqué David Bounie. « Pas demain, mais dans les 40 ou 50 prochaines années: oui, c’est clairement possible avec l’automatisation, les paiements Internet, les terminaux … La tendance est à une utilisation moins prononcée de l’argent liquide dans les échanges. » Une tendance qui s’accélère donc avec la crise du virus corona, qui a conduit à une explosion de l’utilisation des crypto-monnaies. Dernier exemple en provenance de l’étranger: la Chine, qui vient de commencer à tester sa monnaie numérique dans quatre villes.