Table ronde. L’hôpital public a-t-il droit à des «jours heureux»?

Président du collectif Inter-Urgences et co-auteur du livre Urgences, hôpital et danger (Albin Michel)

Membre de la direction de la Fédération CBT de la Santé et de l’Action Sociale

La proposition du gouvernement concernant une prime pour le personnel infirmier de l’hôpital public et les autres mesures spécifiques actuellement proposées sont-elles suffisantes pour cette tâche?

Hugo Huon Jusqu’à cette semaine, les mesures mises en œuvre consistaient en un bonus et des médailles. La prime a été établie sur la base d’une logique logique, mais est discutable à la fois sur sa nature et sur sa redistribution. Sans entrer dans les détails, disons que le principal problème du système est l’inégalité sur le territoire, ce qui accroît le sentiment d’injustice pour les professionnels très attentifs à la réponse du manager. On ne revient pas sur les médailles, qui sont absurdes dans le cadre des réclamations faites depuis plus d’un an. Si le gouvernement profite du doute, il semble que des pourparlers salariaux étaient prévus pour l’été. La mobilisation hospitalière, reprise le premier jour de déconfusion, a accéléré le processus. Cela suffira-t-il? Après ne pas avoir négocié pendant un an, l’expérience nous a appris à être vigilant.

Sylvie Pons Ce ne sont pas les primes ou médailles (vécues comme des provocations) qui répondront aux exigences des salariés, mais de réelles ouvertures dans la négociation salariale, la reconnaissance des qualifications. Le gouvernement parle dans la presse et rien de concret n’est fait. Le président de la République a confirmé que le lendemain ne reviendra pas à la veille “, promis à tirer toutes les conséquences “et fait allusion à une augmentation de salaire nécessaire pour le personnel de nos secteurs d’activité. Pour l’instant, rien ne va dans ce sens, au contraire, la défaite et la reprise des activités dans les institutions se font sans tirer les premiers enseignements de la gestion de la crise sanitaire et sans écouter les demandes des professionnels et des acteurs de terrain porté depuis des années. La CGT exige l’ouverture de négociations sur les augmentations de salaire, pour les salariés, des secteurs public et privé, de la santé, médico-social et social, une augmentation générale et permanente du point d’indexation, la mise en œuvre de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. Pas de médailles indésirables, de bonus, mais la fin de toutes les restructurations en cours et la réouverture des lits fermés ces dernières années.

Alain Bruneel Les soignants ne baissent pas la garde même pendant cette crise sanitaire. Depuis plus d’un an, ils ont inlassablement démontré et multiplié les initiatives pour dénoncer la situation désastreuse de notre système de santé. La colère et les cris d’alarme étaient souvent réprimés par les gaz lacrymogènes. De plus, leur détermination n’a pas faibli et le gouvernement a dû renoncer à quelques scoops pour tenter de combler quelques lacunes, mais sans jamais remettre en cause sa politique de rupture de notre bien commun, l’hôpital public. La réalité quotidienne montre le manque de ressources, humaines et matérielles, mais aussi cette solidarité qui s’exprime entre le personnel et les citoyens. Les héros sont fatigués et rebelles, les décisions prises pour les remercier – bonus, défilé du 14 juillet, médailles – sont vues comme une insulte. Ils ne demandent pas l’aumône, c’est une augmentation de salaire et une réelle reconnaissance de leur statut. Les travailleurs de la santé subissent une telle pression que le président Macron et son ministre de la Santé sont obligés de les écouter et d’envisager un nouveau plan pour l’hôpital. C’est un faux mea culpa de leur part car ils connaissent bien la situation des établissements de santé et ce n’est pas la première fois qu’ils sont interrogés sur la crise hospitalière.

Pourquoi le chef de l’État et du gouvernement refuse-t-il de tourner la page de la politique de santé sous le signe de la marchandisation de la santé publique, et notamment des soins hospitaliers?

Hugo Huon Il n’y a pas de marchandisation des soins hospitaliers, du moins pour ne pas faire de profit. En revanche, il y a une forte incitation à travailler pour ne pas être court. T2A permet de combiner ressources et activité, ce qui est plus avantageux que les modes de financement précédents. En retour, il a eu des effets destructeurs. Nous mentionnerons rapidement la concurrence des services et de la gestion sur des indicateurs distincts des activités et des besoins de santé. Dans le même temps, la loi sur la transformation du système de santé – Ma santé 2022 – était une compilation d’éléments de langage non cryptés autour de la médecine urbaine. Si la politique du gouvernement a permis de vider ces propositions en un mot, cette loi a servi de pare-feu pour toutes les négociations. En ce sens, le fait que le président la rejette publiquement est un pas en avant. Cela signifie qu’il serait disposé à reconsidérer l’organisation du système de santé. Mais les difficultés ne s’arrêtent pas avec un programme. Nous espérons que les plaintes selon lesquelles nous sommes dépositaires dans la gestion de la crise de Covid-19, qui feront l’objet d’une enquête, iront au-delà de la recherche d’hypothèses solides pour disséquer tout ce qui manque dans l’organisation d’un système bureaucratique excessif.

Alain Bruneel Cela fait plus de vingt-cinq ans que les gouvernements successifs ont pris des mesures pour gérer l’hôpital en tant qu’entreprise privée. Les conséquences de cette politique: 100 000 lits ont été supprimés, 17 500 lits en moins ont été fermés au cours des six dernières années, 2/3 des maternités ont été fermées, les services d’urgence sont saturés, les problèmes d’accès aux soins et le manque de cris du personnel. L’accent n’est pas mis sur les personnes, mais sur les économies budgétaires. Le chef de l’Etat et son gouvernement ne font pas exception à cette politique. En effet, depuis le début du mandat, ils ont réalisé un véritable saignement de plus de 12 milliards d’euros d’économies de santé, dont plus de 3 milliards d’euros pour les hôpitaux. Leur volonté est de réduire l’offre de soins, de rentabiliser les hôpitaux et en même temps d’activer les passerelles avec le secteur privé, alors que l’essence de l’hôpital public est d’accueillir tous les citoyens, quelle que soit leur situation sociale. L’objectif est de détruire en même temps notre sécurité sociale et l’hôpital public. Plus précisément, la carte verte n’a plus la priorité, mais la carte bleue. Il s’agit d’une politique ultra-libérale qui vise à interrompre la prestation de services au public.

Sylvie Pons Dans son discours, le “lendemain” serait basé sur la correction d’erreurs passées. Il n’y a actuellement aucun signe de changement de stratégie politique. Le projet de loi est énorme pour nos institutions sociales de santé, sociales et médicales. Et pourtant, contrairement aux propos du ministre de la Solidarité et de la Santé, le niveau de développement de l’Ondam (objectif national de frais d’assurance maladie) a été maintenu. Et la loi sur le financement de la sécurité sociale cristallise encore plus la situation, car elle ne satisfait pas à l’exigence d’agrandir Ondam, comme le demandent de nombreux acteurs de la santé et de l’action sociale pour insuffler de l’air frais au besoin. est pour un système d’action sanitaire et sociale étouffé par le manque de financement. Aucune volonté de placer la finance solidaire pour la protection sociale au centre des institutions de financement. La logique capitaliste de rechercher le profit et la rentabilité continue de fonctionner. Comme nous le savons, répondre aux besoins ne conduit pas l’action de ce gouvernement, même si cette crise sanitaire a clairement démontré que la marchandisation des stratégies sanitaires et budgétaires épuise les services publics qui fournissent leur sang et est donc inefficace. charger la population. Nous attendons l’abrogation des lois adoptées ces dernières années.

Quel plan, non seulement pour le salut, mais aussi pour le développement, voire la sanctification, de l’hôpital public?

Hugo Huon Nous avons de nombreuses propositions concernant la refonte du modèle, à commencer par la sécurité sociale. La protection sociale mérite également d’être habillée, mais cela dépasse notre compétence. Nous préconisons des mesures dans l’esprit de l’après-guerre, sans privatisation ni statisation, à partir du territoire, avec une priorité pour la santé publique et y compris les usagers. Mettez-le sur papier comme ça, cela veut tout dire et ne dit rien, et nous devons nous développer, mais l’espace manque. Si un seul élément devait être mis en avant, ce serait la refonte des modèles d’évaluation, en collaboration entre professionnels et utilisateurs, basée en partie sur l’expérience. Si le système est bien construit sur les unités de base (services et territoires), il réduira l’écart entre travail et activité, la restauration des besoins réels, le dialogue social, mais aussi le vote du Parlement chaque année. Actuellement, tous ces éléments ne sont jamais étayés. Quant à l’attractivité, si les mesures négociées sont satisfaisantes, nous aurons également la responsabilité de porter le message d’espoir. À notre échelle, par exemple, montrer que les ambulanciers paramédicaux auto-organisés ont réussi à réviser le système est le symbole de légitimité de l’organisation du travail et une source d’engagement pour la longévité.

Sylvie Pons L’hôpital public et la santé dans son ensemble doivent s’inscrire dans le cadre souverain des prérogatives de l’État. Ce sont la formation, l’attractivité et la reconnaissance salariale nécessaires, ainsi que la difficulté des métiers de nos métiers qui doivent être revus pour éviter la pénurie, la fuite et le licenciement de personnel, ce qui accentue la situation dramatique de certains. succursales et / ou services qui ferment, faute de professionnels. L’argent doit être mis sur la table. La loi devrait supprimer l’obligation de gestion «rentable» des établissements et la notion de taux de rendement. Les soins de santé et le travail social sont influencés par les politiques d’austérité caractérisées par la loi sur le financement de la sécurité sociale et le célèbre Ondam. L’augmentation limitée de ces derniers a des conséquences sur les activités des secteurs public, mais aussi privé (lucratif ou non) et libéral. La loi de financement (LF) intervient sur les dépenses des collectivités locales (communes, départements, régions, etc.), qui sont également d’importants financeurs des secteurs sociaux et médico-sociaux. Nous devons revenir sur toutes ces questions et placer la social-démocratie au cœur de l’avenir de la santé.

Les parlementaires communistes d’Alain Bruneel ont décidé en janvier 2018 de visiter des hôpitaux en France pour rencontrer des agents de santé, des organisations syndicales et des citoyens. Nous avons eu de grandes réunions, des témoignages saisissants, entendu l’espoir et le désespoir, mais aussi beaucoup d’esprit de combat. Les fruits de ces divisions se sont traduits en propositions législatives applicables à court et à long terme. La situation a été mélangée avec le Covid et il est plus qu’urgent de répondre à la question: “Mais que devons-nous faire maintenant?” “Les réponses doivent être urgentes et concrètes: annulation des contrats de retour à l’équilibre financier, plan de formation important pour les hôpitaux et les maisons de repos, avec le recrutement de 100 000 personnes dans les hôpitaux et 200 000 dans les maisons de repos, réévaluation immédiate des salaires, réouverture des lits, paiement heures supplémentaires, achat de matériel … Le 18 juin, c’est l’appel des communistes dans la salle de réunion, qui se traduit par un projet de loi pour que le gouvernement s’engage sur un calendrier financier pour renforcer l’hôpital public et les maisons de repos. Il est temps de passer des mots à l’action.