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accélérer la loi de programmation militaire pour relancer l’économie (7/10)

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Lors de la crise de 2008, la France a décidé d’un plan de relance de 26 milliards d’euros. Sur les 4 milliards dépensés en investissements, la défense en a reçu 1,6 milliard, soit 40%. Il était parfaitement cohérent: la défense est le premier budget d’investissement de l’État, et cette acquisition supplémentaire, qui a irrigué une industrie territoriale et immobilière, a permis de répondre aux priorités des armées. L’armée, qui était fortement impliquée en Afghanistan, avait bénéficié de véhicules supplémentaires, la marine d’un troisième poste de projection et de commandement (BPC) et l’armée de l’air de deux autres Rafale. Ces matériaux étaient tous produits sur le sol français et leur fabrication a donc eu l’effet d’entraînement souhaité sur l’économie française.

La défense a sa place dans le plan de relance

Douze ans plus tard, il semble que certains dans le soi-disant «nouveau monde» ont oublié les leçons de l’ancien monde. Il est surprenant qu’aujourd’hui l’évocation de la participation de la défense au plan de relance ne soit pas entendue. Le plan de relance de 2008 était dirigé par un ministre dévoué, Patrick Devedjian, qui était directement rattaché au Premier ministre. Ne manque-t-on pas aujourd’hui une vision générale en matière de stimulation de l’économie française et de son industrie en particulier? Le plan de relance global est en cours d’élaboration à Bercy, via les Comités Stratégiques Sectoriels (CSF). Raisonner en vase clos, dans une logique comptable, serait une erreur qui ignorerait l’une des industries les plus compétitives et innovantes de notre pays.

Si la défense peut profiter des effets secondaires à travers les commissions des industries aéronautique, navale et de sécurité, aucun plan spécifique ne semble lui être consacré alors qu’elle représente 200 000 emplois. La défense est cependant idéale pour la reprise économique, car elle repose presque exclusivement sur elle « Fabriqué en France ». En outre, l’industrie a largement démontré sa contribution à la résilience du pays pendant la crise des coronavirus, comme en témoigne l’action efficace de la Direction générale des armements (DGA) pour certifier et établir des masques par le biais de l’Agence d’innovation pour la défense (AID) pour innovations pour combattre le Covid-19.

Enfin, la crise n’a pas éliminé la rivalité internationale dans des domaines clés comme la cyber, l’intelligence artificielle et l’espace. Des investissements supplémentaires auraient des effets bénéfiques dans ces domaines, tant pour la défense que pour le renforcement de la compétitivité de l’économie française. L’industrie de la défense irrigue de nombreux secteurs et le plan de relance global doit en tenir compte.

Séparation du ministère des Forces armées

La première leçon de la situation est donc l’isolement du ministère des Forces armées du système gouvernemental, alors qu’il est le premier investisseur industriel du pays et un pilier de l’innovation par son budget de recherche et développement, le premier également en France. . La défense ne devrait-elle pas avoir son propre comité stratégique du secteur à Bercy pour accroître la cohérence de la stratégie industrielle et renforcer les synergies entre secteurs? Ou que le ministère des Affaires économiques participe au comité de politique industrielle de défense?

En impliquant d’autres ministères dans le comité de politique industrielle, ils pourraient réduire le budget de la défense. L’exemple du précédent plan de relance le montre: les autres acteurs ne sont pas forcément hostiles au budget de la défense, à condition d’avoir la volonté d’une politique industrielle souveraine.

Respecter le LPM et répondre aux besoins immédiats

Le ministère des Forces armées bénéficie depuis le milieu des années 1970 d’une loi sur la programmation militaire (LPM). Certes, sa mise en œuvre a peut-être été irrégulière, en particulier dans l’après-guerre froide. Mais c’est un outil précieux pour les stratégies industrielles car il permet à tous les acteurs du secteur de l’armement de se mobiliser autour d’un projet bien pensé, structuré et financé. Par exemple, la France a pu reconstruire une industrie de l’armement pendant plus de quatre décennies à partir de la fin des années 1950, alors qu’elle devait encore mendier des armes aux États-Unis. Le maintien de cet outil depuis la fin de la guerre froide a été essentiel pour préserver notre autonomie stratégique.

Aujourd’hui, le ministère des Forces armées met en œuvre le LPM 2019-2025. Cette loi a été soigneusement pesée. Il répond à des enjeux géostratégiques que la réalité internationale n’a fait que confirmer. La première chose à faire pour relancer l’économie est de continuer comme avant et de mettre en œuvre le LPM. C’est la force du secteur, c’est un outil efficace qui donne de la visibilité et il doit être soigneusement respecté. Le LPM, tout le LPM: la première direction est donnée.

Outre le strict respect du LPM, comme en 2009, le plan de relance peut permettre de mieux équiper nos troupes fortement impliquées dans différents blocs opératoires. Ces engagements entraînent une usure accélérée des matériaux et des besoins accrus. Alors que le remplacement des véhicules de l’armée par le biais du programme Scorpion s’est aplati au fil du temps pour répartir les coûts, ne serait-ce pas une opportunité pour l’accélérer? En évitant la coexistence de différents véhicules, les économies seraient sûres, notamment dans les équipements de support.

De même, comme le BPC en 2009, la Marine n’a-t-elle pas besoin de navires de surface supplémentaires avec le programme de défense et d’intervention des frégates (FDI) récemment lancé? Le chef d’état-major de l’aviation a lui-même réclamé une audition parlementaire sur l’achat d’avions de transport de pétroliers à rôles multiples (MRTT), le remplacement des hélicoptères Puma et la modernisation accélérée des Rafale. En outre, l’accélération de certains programmes industriels compenserait une baisse prévisible des commandes à l’exportation, car de nombreux pays réduiront rapidement leurs budgets de défense en raison de la crise économique.

La clé de la reprise est la capacité de générer rapidement des retombées économiques tout en faisant bon usage des ressources publiques. La défense, en planifiant des achats, est le secteur idéal pour maximiser les retombées nationales des dépenses publiques: tous les projets sont déjà « étagère ». Enfin, outre les grands projets, les opérations sur les armes légères sont longtemps négligées tout en bénéficiant aux PME et aux ETI. Ne peuvent-ils pas être renforcés pour rattraper leur retard ces dernières années? Le secteur NRBC (neurologique, radiologique, bactériologique et chimique) a fait ses preuves pour la résilience du pays lors d’une crise sanitaire, est désormais le moment idéal pour le développer. Les besoins matériels et les possibilités sont là: il suffit de les choisir et de les financer.

Utilisez la clause de revoyure pour accélérer le LPM

Comme pour le plan de relance de 2008, le gouvernement pourrait accélérer le plan d’armure militaire en dépensant plus tard dans le LPM. Le budget d’équipement de l’armée serait progressivement réduit de 20,8 milliards d’euros en 2020 à 31,5 milliards d’euros en 2025 pour alléger les dépenses: accélérons à mesure que les besoins sont identifiés et planifiés. Mise à jour LPM prévue en 2021 pour prendre en compte « la situation macroéconomique » et définir la trajectoire des dépenses jusqu’en 2025 est l’opportunité idéale. Utilisons cette clause de révision pour accélérer les investissements!

En plus des besoins immédiats, le LPM 2019-2025 faisait partie d’un « Ambition 2030 ». Selon cette ambition, le besoin d’autonomie stratégique nécessite de se concentrer sur le renseignement, la capacité à prévenir les crises internationales, la présence « nouvelles zones de confrontation » et l’innovation. Les opportunités d’investissement à long terme ont donc déjà été identifiées et nous savons où la France peut décider d’investir aujourd’hui. À cette fin, le Service d’innovation pour la défense (AID) peut bénéficier de ressources supplémentaires. Il dispose encore d’une marge de manœuvre limitée, le budget résultant principalement de la consolidation des activités avant sa création. Il était de 720 millions d’euros en 2019 et devrait atteindre 1 milliard en 2022.

Pourquoi ne pas profiter de la refonte du LPM pour augmenter le budget et le laisser décoller? Cette action serait d’autant plus bénéfique que les entreprises courent le risque de réduire leurs investissements en R&D à mesure que la capacité d’autofinancement diminue. Donnons à l’AID plus de crédits pour lancer des démonstrateurs et des études en amont pour répondre aux besoins de nos soldats et dynamiser l’écosystème de l’innovation pour le faire avancer « nation de départ » promis par le président de la république.

Se déplacer sur la bonne échelle

Enfin, cette crise souligne les limites des choix opérés dans l’industrie, impliquant la dépendance à l’égard de fournisseurs étrangers pour de nombreux composants et équipements. Si les masques étaient jusque-là considérés comme une question non stratégique et civile, il est clair que même les militaires en ont besoin. Cette crise peut être l’occasion d’initier la loi de programmation souveraine (LPMS), qui initierait la délocalisation des productions stratégiques, mais a été souvent négligée car elle dépassait les strictes limites de l’armement . Dans le cadre de son plan de relance, le Japon propose une aide à la relocalisation industrielle, notamment aux entreprises japonaises en Chine. Pourquoi tu ne fais pas pareil?

La délocalisation des activités industrielles pose également la question de la bonne échelle pour les mener à bien. Compte tenu des coûts des futurs équipements ou des volumes de production nécessaires pour disposer d’une base industrielle viable et innovante, l’Europe apparaît comme le bon niveau pour envisager certaines de ces évolutions. La France doit étudier ses faiblesses et choisir ses dépendances, c’est-à-dire les secteurs et les partenaires avec lesquels elle choisit d’aller de l’avant. Nous pouvons être européens à 27 ans: le plus important est que les pays impliqués construisent ensemble une autonomie stratégique qui répond à des ambitions partagées dans un domaine précis. Vous devez penser à l’avance pour ne pas être obligé de faire quoi que ce soit. La crise du virus corona et ses conséquences économiques sont une opportunité unique de réduire la dépendance française à l’égard des importations.

Alors que Bercy prépare sa reprise, la Commission européenne prépare également sa propre reprise. Les montants mentionnés sont importants et les priorités sont claires: «Green Deal», transformation numérique et autonomie stratégique. N’est-ce pas l’occasion pour les forces armées d’accélérer leurs recherches sur les technologies respectueuses de l’environnement, comme la propulsion hybride, tout en conservant leur priorité sur les besoins opérationnels? Alors que les imprimantes 3D ont fait leurs preuves lors de la crise des coronavirus et des opérations externes, n’est-il pas temps d’équiper massivement les armées et l’industrie? Les fonds européens ne regorgent-ils pas de dispositifs français de la DGA finançant les entreprises locales? Les opportunités associées au plan de relance européen seront nombreuses et il faudra certainement optimiser la complémentarité.

La crise économique provoquée par le coronavirus sera un test pour l’exécutif: respectera-t-il sa parole et poursuivra-t-il le cours du LPM? Le précédent de 2009 a donné en partie la bonne formule de reprise: accélération des acquisitions, anticipation de l’avenir, délocalisation. Le chemin est tracé.

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* Le groupe Mars, composé d’une trentaine de personnalités françaises d’horizons différents, issus des secteurs public et privé et du milieu universitaire, s’est engagé à analyser les enjeux liés aux intérêts stratégiques de l’industrie de la défense. et la sécurité et les choix technologiques et industriels qui sous-tendent la souveraineté française.

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