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L’école à la maison: les parents entre abandon et burnout

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Le lundi 20 avril, des élèves d’Ile-de-France et d’Occitanie reprennent leurs cours après la semaine de relâche. Ils seront suivis la semaine prochaine par des gens d’une bonne moitié de la région. Une reprise spéciale, car les écoles, les collèges et les écoles secondaires du pays sont fermées jusqu’au 11 mai au moins. Depuis le 16 mars, l’école de la République se retrouve chez elle, entre la cuisine et le salon, la clé étant un nouveau lourd fardeau mental pour de nombreux parents et enseignants.

Lorsque l’internement a été annoncé, il y avait de la panique à bord! «  reconnaît Christophe Jemelin, heureux père d’un petit Malo, 7 ans et demi, formé en CE1 à l’école publique de Saint-Gingolph, au bord du lac Léman. « Ma femme et moi télétravaillons à plein temps. Je gère une équipe d’une vingtaine de personnes aux Transports publics de Lausanne, elle est professeur d’urbanisme à l’Université de Lausanne. Nous sommes en mode «gestion de crise» pour le travail; la gestion de l’école est très compliquée! Nous répartissons les cours selon nos obligations professionnelles respectives, nous gardons la grammaire et les mathématiques entre deux réunions, c’est une adaptation permanente. «  Heureusement pour la petite famille, la maîtresse de Malo a mis en place une « classe virtuelle » sur un site dédié dès le début du travail: « Elle est levée et nous envoie l’horaire de travail pour chaque jour d’école trois jours à l’avance, sinon nous serions complètement perdus. », souligne Christophe.

Contrairement à Christophe, Luc Joëssel, père de quatre enfants à Nantes, se sent plutôt abandonné par l’établissement scolaire. Il est chef de produit chez Beneteau, son épouse commerciale dans l’industrie: « Robin, le plus jeune, est en CM1, et c’est lui qui travaille le plus de tous les frères et sœurs, tandis que ses soeurs et son frère sont en 2de et en 3e dans un établissement renommé, ils sont passés de 8 heures par jour en temps normal à seulement 1 heure aujourd’hui. De plus, avec l’adoption constante du brevet, le 3e sait déjà qu’il l’a … Il travaille toujours, il est sérieux, mais aucun enseignant n’a organisé de cours de visioconférence et nous n’avons même pas eu de nouvelles de certains d’entre eux depuis plus de deux semaines, ce qui n’est pas motivant pour les enfants. Nous ne blâmons pas les enseignants, mais il y a une grande différence entre le discours officiel sur l’école à domicile et la réalité. «  En défense, la plupart des enseignants n’ont jamais été formés à distance; De plus, ils ne disposaient que de trois jours pour se préparer entre l’annonce « surprenante » de la fermeture des écoles par le président de la République et la mise en place d’une continuité éducative saluée par leur ministre. En conséquence, ceux qui utilisaient déjà des outils numériques, tels que les livres de correspondance en ligne, ont trouvé plus facile à adapter que d’autres.

Édouard Vincent, professeur d’école à Orléans dans un établissement privé à forte mixité sociale, est l’un d’eux: «Chaque jour, nous proposons de nouvelles façons de travailler avec les étudiants. À certains égards, c’est intéressant. Par exemple, j’ai enregistré de petites capsules vidéo de certains cours et je les soutiens sur WhatsApp, avec de petits groupes de dix étudiants … Mais je dois aussi rester en contact téléphonique avec deux ou trois étudiants qui avaient déjà des difficultés et dont je sais qu’ils ne connaissent pas les parents peut vraiment accompagner. À l’inverse, d’autres familles m’envoient tous les jours des photos des devoirs des enfants! « 

C’est le principal problème de cette nouvelle école à domicile: elle accroît considérablement les inégalités scolaires entre élèves. Tous les parents ne peuvent pas accompagner leurs enfants, tous les élèves n’ont pas d’ordinateur à la maison, toutes les familles n’ont pas de WiFi. Selon le ministre de l’Éducation, le pourcentage de jeunes en décrochage scolaire n’est « que » de 5 à 8%. Mais il est beaucoup plus élevé dans l’enseignement professionnel, comme en témoigne Sigrid Gérardin, professeur de lycée et co-secrétaire général du SNUEP-FSU: «Selon nos retours d’expérience sur le terrain, le taux d’échec sur nos sites est de près de 40%. Et nous sommes profondément préoccupés par l’avenir de ces jeunes dont les parents, souvent d’anciens élèves de nos lycées professionnels, doivent travailler hors du foyer sans pouvoir les aider à l’école. «  Pour compenser cette panne, Jean-Michel Blanquer évoque l’achat de matériel informatique et de clés 4G distribuées via associations de terrain, assistance en ligne ou pendant les vacances d’été assurées par les enseignants. Des réponses qui peuvent sembler légères par rapport à la bombe sociale et économique qui se prépare au décrochage scolaire du Covid-19.

Sandrine Chesnel

Photo: Samuel Bielka