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École et incarcération: mesures pour « réduire la fracture numérique à long terme »

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Les ministres de l’Éducation et de la Ville et du Logement annoncent des mesures prises pour lutter contre l’injustice entre les étudiants concernant les conséquences de l’incarcération. Dont 5 millions d’euros pour soutenir des actions de solidarité dans les quartiers sensibles, un objectif de 15 000 à 30 000 étudiants aidés par des associations de tuteurs.

Combien de familles ne sont pas en contact avec l’école?

JEAN-MICHEL BLANQUER. La part des familles sans équipement de connexion est estimée à 5%. Deux facteurs peuvent empêcher d’atteindre les élèves: un facteur numérique et un facteur social. Depuis la mi-mars, nous travaillons sur ces deux aspects et des initiatives ont été développées par les autorités locales, le monde associatif et l’État pour fournir des tablettes et des ordinateurs. Aujourd’hui, nous voulons compléter ces approches, réduire la fracture numérique de manière durable, sans incarcération.

Quelle sera la réponse dans les quartiers populaires particulièrement touchés?

JULIEN DENORMANDIE. La première inégalité sociale est l’accès à l’éducation. Cependant, il y a des enfants dans certains quartiers, peut-être plus que dans d’autres parties du territoire, qui luttent aujourd’hui pour la continuité de l’éducation. Nous avons donc décidé d’allouer près de 10 millions d’euros à un achat massif d’équipements informatiques et de connexion, tels que des clés 3G ou 4G. Cela devrait permettre d’avoir l’équipement nécessaire pour travailler à distance. La crise sanitaire met en évidence des inégalités territoriales. L’outil numérique est une solution en cette période d’emprisonnement pour y remédier.

N’y a-t-il pas de risque que les équipements arrivent en retard pour les personnes lorsque la déconstruction doit commencer le 11 mai?

J.D. Non, car nous soutenons des initiatives déjà lancées par des acteurs de terrain et donc immédiatement opérationnelles. Les acteurs locaux, notamment les associations, peuvent bénéficier immédiatement de ces crédits à travers les préfectures.

Ces enfants de la classe ouvrière seront-ils également les premiers à retourner à l’école?

J.-M.B. Malgré tout ce qui peut être fait pour compenser les inégalités pendant l’incarcération, il n’en demeure pas moins qu’elles risquent de s’aggraver. La déconfusion vise cela. Nous travaillons actuellement sur la meilleure façon de procéder. Il y aura plusieurs critères pour prioriser les groupes cibles.

Cette crise sanitaire et le problème des bouleversements numériques est aussi une opportunité pour des initiatives de solidarité dans les quartiers. Les soutenez-vous?

J.D. Oui Il existe de nombreuses actions de solidarité dans les quartiers. Nous les soutenons. C’est pourquoi j’annonce la création d’un fonds de 5 millions d’euros pour soutenir ces actions de solidarité très étroites, comme l’aide alimentaire, le soutien scolaire, l’aide au babysitting pour ceux qui doivent aller travailler … Dans de nombreuses associations, il y a parfois un manque d’emballages, d’ustensiles , acheter du carburant pour le camion. L’État, qui finance de nombreuses associations, n’était pas équipé pour financer ces quelques milliers d’euros qui changent parfois tout. Le fonds est utilisé pour soutenir cette solidarité locale.

Un partenariat avec La Poste devrait également permettre d’assurer la continuité de l’enseignement, notamment dans les «zones blanches», quel bilan?

J.-M.B. C’est une solution très innovante. Le professeur prépare les documents qu’il dépose sur une plateforme spécialement conçue par La Poste, qu’il imprime et envoie au domicile d’un étudiant, qui peut ensuite les restituer dans une enveloppe prépayée. Environ 21 000 entreprises sont enregistrées. Nous pouvons traiter 15 000 envois par jour. C’est déjà un succès. Dans le Val-d’Oise, par exemple, 400 familles ont déjà bénéficié de ce système. Plusieurs milliers de commandes ont déjà été téléchargées et envoyées à travers le pays.

Comment le tutorat a-t-il été donné pendant les vacances de printemps par les tuteurs?

J.-M.B. Ce système a bien démarré avec un suivi personnalisé. Sur les 9 académies, la France compte 30 à 87 600 étudiants de tous niveaux confondus, un peu plus de 12 000 enseignants se sont portés volontaires. À la fin de la semaine de relâche, 250 000 enfants doivent être ainsi aidés pour les autres régions.

Pourquoi les enfants «perdus» au début de l’incarcération devraient-ils être plus accessibles aujourd’hui?

J.-M.B. Chaque semaine, nous progressons grâce au volontariat de tous les acteurs. De toute évidence, nous ne pouvons pas rattraper tous les décrocheurs … mais nous avons tendu la main aux étudiants qui ne répondaient pas, ainsi qu’aux étudiants en difficulté qui avaient besoin d’un soutien personnel. Nous estimons que nous sommes passés de 8% à 4% des étudiants non contactés.

Comment soutenir les élèves les moins privilégiés en dehors de l’éducation nationale?

J.D. En s’appuyant sur les associations les plus proches du terrain. Nous avons mobilisé une dizaine d’entre eux spécialisés dans le tutorat et le mentorat, comme Article 1, l’Institut Télémaque, l’AFEV … Nous les accompagnerons pour doubler le nombre d’étudiants qu’ils accompagnent de 15 000 à 30 000 étudiants d’ici juillet. Notre objectif est de s’inscrire dans la durée, sans être enfermé. A cet effet, un million d’euros est mis à disposition pour financer les plateformes de connexion, les équipements ou les campagnes de mobilisation de nouveaux enseignants.

Où pouvez-vous trouver ces nouveaux professeurs?

J.D. Il y a de nombreux étangs à poissons. Par exemple, il y a un an, nous avons lancé «mon stage de troisième année» avec Jean-Michel Blanquer pour permettre aux étudiants des 3èmes quartiers prioritaires de la ville de faire un stage sans réseau. De cette façon, les anciens professeurs de stage peuvent guider les étudiants qu’ils connaissent. De nombreux jeunes des services sociaux souhaitent également se mobiliser.

J.-M.B. Il y a aussi le tutorat entre lycéens, ou la plateforme civique que nous venons de lancer avec Gabriel Attal, Jeveuxaider.gouv.fr. Toute cette solidarité prépare la rupture. Et cette période n’était pas si longue. Les tuteurs sont alors décisifs lors des dépassements, pour la préparation de l’année prochaine.

Cette crise va-t-elle changer le jeu numérique à l’école? Un comprimé par élève est-il désormais un objectif?

J.-M.B. La période actuelle montre l’importance du numérique. À l’automne, une réunion générale sur l’éducation numérique se tient à Poitiers. Sur ces sujets, vous devez savoir ce que vous voulez, comment vous y rendre avant de parler d’équipement. Il ne s’agit pas seulement de fixer des ambitions matérielles.